Prince Sisowath Ravivaddhana Monipong : « La grande musique est un langage international »

Tensions à la frontière thaïlandaise, crise commerciale mondiale liée aux conflits dans le Golfe, vieillissement démographique de l’Europe, diplomatie culturelle par l’opéra… Le prince Sisowath Ravivaddhana Monipong, ambassadeur de la Maison Royale du Cambodge et pionnier de la lyrique en Asie du Sud-Est, a accordé une interview fleuve au journaliste Luigi Galluzzo sur TGCOM24. Un entretien où géopolitique et passion musicale se rejoignent avec une rare élégance.

Prince Sisowath Ravivaddhana Monipong. TGCOM24

« Opera for Peace » : l’art comme réponse aux tensions frontalières

C’est par la culture que s’ouvre cet entretien. En décembre 2025, le prince Ravivaddhana et le maestro Vincenzo Grisostomi Travaglini ont mis en scène Don Giovanni de Mozart à Phnom Penh — une première historique au Cambodge, inaugurant le tout nouveau Phnom Penh International Opera Festival. L’événement fut sobrement rebaptisé « Opera for Peace » — et pour cause. Une semaine à peine après le début des répétitions, des drones militaires thaïlandais commençaient à bombarder la zone frontalière.

« C’est telle une question d’intérêts économiques entre différents groupes d’influence », analyse le prince avec une retenue toute diplomatique. Depuis, la situation s’est progressivement calmée, même si des manœuvres militaires thaïlandaises persistent à la frontière. Le premier ministre cambodgien a multiplié les consultations auprès des instances de l’ASEAN, et des protestations officielles ont été transmises via les ministères des Affaires étrangères et de la Défense.

Crise du Golfe : l’impact concret sur l’économie cambodgienne

Interrogé sur les répercussions économiques du blocage commercial lié aux tensions dans le Golfe, le prince livre une analyse précise et incarnée. Le Cambodge entretient des relations commerciales étroites avec la Chine, et la perturbation du trafic maritime se fait déjà ressentir.

« Le prix du litre d’essence est passé de 1,16 dollar en février à plus de 1,48 dollar aujourd’hui », illustre-t-il.

Les premières victimes de cette hausse sont les petits transporteurs et les conducteurs de tuk-tuk, artisans essentiels du tourisme local. Plus préoccupant encore : le risque de pénurie de matières premières transitant par le détroit d’Ormuz menace directement l’industrie textile cambodgienne, qui emploie des milliers d’ouvriers travaillant pour de grandes marques américaines. « Pour le moment, ça va, mais ils commencent à craindre pour leur emploi », tempère le prince.

Asie contre Europe : le choc des démographies

Vivant en Europe depuis des décennies, d’abord en France, puis en Italie, le prince est idéalement placé pour dresser un parallèle entre les deux mondes. Sa lecture est tranchée : l’Asie est jeune, pragmatique, tournée vers l’avenir. « Plus de 60 % de la population cambodgienne a moins de 30 ans », rappelle-t-il. Cette jeunesse regarde résolument vers le nord — Chine, Corée, Japon — et vers le Pacifique.

Face à la question du vieillissement démographique européen, le prince nuance : « On exagère un peu. La société européenne est très inclusive. Mais il y a un risque de perdre une partie de son identité si l’on n’est pas vigilant. » En Italie, il observe au contraire une italianité robuste et vivace. C’est en France qu’il perçoit les fractures les plus vives, qu’il anticipe comme un enjeu central des prochaines élections présidentielles.

Il glisse au passage une anecdote révélatrice de la modernité cambodgienne :

« Au Cambodge, on ne paie plus avec des cartes de crédit. On utilise une application que tout le monde a déjà depuis des années — comme en Chine. »

Lui qui approche les 60 ans avoue en souriant passer pour un vieux monsieur aux yeux des jeunes Cambodgiens dès lors qu’il sort ses dollars.

Monarchie restaurée, Francophonie et ouverture sur le monde

Le prince revient sur un tournant historique : le retour de la monarchie constitutionnelle au Cambodge, après le référendum de 1993 qui vit le roi Norodom Sihanouk remonter sur le trône. « La monarchie a redonné un sentiment de reconstruction des valeurs traditionnelles, mais avec un élan de modernité », explique-t-il. Un équilibre fragile et précieux dans un pays qui porte encore en lui le traumatisme du génocide de Pol Pot.

Sur le plan diplomatique, un événement majeur se profile : Phnom Penh accueillera les 15 et 16 novembre 2026 le 20e Sommet de la Francophonie, en présence du président Emmanuel Macron. Un rendez-vous symbolique pour un pays qui, malgré 90 ans de protectorat français, voit sa jeunesse se détourner progressivement de la langue de Molière — sans pour autant renier son héritage.

Don Giovanni à Phnom Penh : quand Mozart réconcilie les peuples

C’est sur cette note d’espoir que s’achève l’entretien. Depuis plus de seize ans, le prince et le maestro Grisostomi Travaglini œuvrent inlassablement pour faire rayonner l’opéra italien en Asie du Sud-Est. L’aventure a débuté aux Philippines avec Turandot et Lucia di Lammermoor, avant de s’étendre au Cambodge avec Cavalleria Rusticana — choisie, dit le prince avec malice, « pour faire plaisir à la Sicile ».

Pour Don Giovanni, le casting fut résolument international : trois chanteurs venus d’Italie — deux de Naples, une de Rome —, un chef japonais, une formation orchestrale réunissant Malaisiens et Français, auxquels s’est joint l’Orchestre des Jeunes d’Angkor. L’impact sur le public fut immédiat. « Les jeunes voulaient tout savoir. C’était un moment de communion totale par la musique », se souvient le prince, visiblement ému. Il souligne que la grande musique classique occidentale est déjà profondément ancrée dans le nord de l’Asie — Chine, Corée, Japon — et que le Cambodge aspire naturellement à rejoindre cet espace culturel.

Également mentionné lors de l’entretien : la remise du prix du meilleur acteur au Festival du Film Asiatique de Rome 2026, reçu par le prince au nom du comédien cambodgien Piseth Chhun, primé pour son interprétation dans une pellicola poétique retraçant l’histoire d’un jeune journaliste tombant amoureux d’un fantôme.

En clôture, le prince livre sa conviction profonde, celle qui sous-tend toute son action : « La magie de la musique, c’est qu’elle est un langage international. » Une vérité simple, mais que cet homme d’exception incarne avec une constance remarquable, depuis les scènes d’opéra de Rome jusqu’aux rives du Mékong.

Interview réalisée par Luigi Galluzzo pour TGCOM24, le 1er mai 2026.

Le prince Sisowath Ravivaddhana Monipong est ambassadeur de la Maison Royale du Cambodge et cofondateur du Phnom Penh International Opera Festival.

https://www.youtube.com/watch?v=RjmAtHCT3f8&t=2s

Opera for Peace: Cambodian Prince’s Insights on Borders, Trade, Demographics, and Culture

Tensions on the Thai border, global trade crisis linked to Gulf conflicts, Europe’s demographic aging, cultural diplomacy through opera… Prince Sisowath Ravivaddhana Monipong, ambassador of the Royal House of Cambodia and pioneer of lyric opera in Southeast Asia, gave a wide-ranging interview to journalist Luigi Galluzzo on TGCOM24. A conversation where geopolitics and musical passion converge with rare elegance.

« Opera for Peace »: Art as a Response to Border Tensions

The interview opens with culture. In December 2025, Prince Ravivaddhana and maestro Vincenzo Grisostomi Travaglini staged Mozart’s Don Giovanni in Phnom Penh — a historic first in Cambodia, inaugurating the brand-new Phnom Penh International Opera Festival. The event was aptly renamed « Opera for Peace » — and for good reason. Just one week after rehearsals began, Thai military drones started bombing the border area.

« It’s like a matter of economic interests between different influence groups », the prince analyzes with characteristic diplomatic restraint.

Since then, the situation has gradually calmed, though Thai military maneuvers persist at the border. The Cambodian prime minister has multiplied consultations with ASEAN bodies, and official protests have been transmitted via the foreign affairs and defense ministries.

Gulf Crisis: Concrete Impact on the Cambodian Economy

Questioned on the economic repercussions of the trade blockade linked to Gulf tensions, the prince delivers a precise and grounded analysis. Cambodia maintains close trade relations with China, and the disruption of maritime traffic is already being felt.

« The price of a liter of gasoline has risen from $1.16 in February to over $1.48 today », he illustrates.

The first victims of this increase are small transporters and tuk-tuk drivers, essential artisans of local tourism. Even more worrying: the risk of shortages of raw materials transiting through the Strait of Hormuz directly threatens Cambodia’s textile industry, which employs thousands of workers for major American brands. « For now, it’s okay, but they’re starting to fear for their jobs », the prince tempers.

Asia vs. Europe: The Clash of Demographics

Having lived in Europe for decades, first in France, then in Italy, the prince is ideally placed to draw parallels between the two worlds. His view is clear-cut: Asia is young, pragmatic, forward-looking. « Over 60% of Cambodia’s population is under 30 », he reminds us. This youth looks resolutely north — China, Korea, Japan — and toward the Pacific.

On Europe’s demographic aging, the prince nuances:

« It’s a bit exaggerated. European society is very inclusive. But there’s a risk of losing part of its identity if one isn’t vigilant. »

In Italy, he observes a robust and vibrant Italianness. It’s in France that he perceives the sharpest fractures, which he anticipates as a central issue in the next presidential elections.

He slips in a revealing anecdote about Cambodian modernity:

« In Cambodia, we no longer pay with credit cards. We use an app that everyone has had for years — like in China. »

Approaching 60, he admits with a smile that he comes across as an old man to young Cambodians whenever he pulls out his dollars.

Restored Monarchy, Francophonie, and Opening to the World

The prince returns to a historic turning point: the return of the constitutional monarchy in Cambodia, after the 1993 referendum that saw King Norodom Sihanouk return to the throne.

« The monarchy restored a sense of rebuilding traditional values, but with a drive for modernity », he explains.

A fragile and precious balance in a country still bearing the trauma of Pol Pot’s genocide.

On the diplomatic front, a major event looms: Phnom Penh will host the 20th Francophonie Summit on November 15 and 16, 2026, in the presence of President Emmanuel Macron. A symbolic rendezvous for a country that, despite 90 years of French protectorate, sees its youth gradually turning away from the language of Molière — without renouncing its heritage.

Don Giovanni in Phnom Penh: When Mozart Reconciles Peoples

The interview ends on this note of hope. For over sixteen years, the prince and maestro Grisostomi Travaglini have tirelessly worked to bring Italian opera to Southeast Asia. The adventure began in the Philippines with Turandot and Lucia di Lammermoor, before expanding to Cambodia with Cavalleria Rusticana — chosen, the prince says with mischief, « to please Sicily ».

For Don Giovanni, the cast was resolutely international: three singers from Italy — two from Naples, one from Rome —, a Japanese conductor, an orchestra bringing together Malaysians and French musicians, joined by the Angkor Youth Orchestra. The impact on the audience was immediate.

« The young people wanted to know everything. It was a moment of total communion through music », the prince recalls, visibly moved.

He emphasizes that great Western classical music is already deeply rooted in northern Asia — China, Korea, Japan — and that Cambodia naturally aspires to join this cultural space.

Also mentioned in the interview: the awarding of the best actor prize at the 2026 Rome Asian Film Festival, received by the prince on behalf of Cambodian actor Piseth Chhun, honored for his performance in a poetic film tracing the story of a young journalist falling in love with a ghost.

In closing, the prince shares his deep conviction, the one that underpins all his actions: « The magic of music is that it is an international language. » A simple truth, but one that this exceptional man embodies with remarkable consistency, from the opera stages of Rome to the banks of the Mekong.

Interview conducted by Luigi Galluzzo for TGCOM24, May 1, 2026.

Prince Sisowath Ravivaddhana Monipong is ambassador of the Royal House of Cambodia and co-founder of the Phnom Penh International Opera Festival.

Intervista di Sua Altezza il principe Sisowath Ravivaddhana Monipong

Carlo Vistoli Brille dans Tancredi : Une Soirée Inoubliable à l’Opéra de Rome, 19 mai 2026

19 mai 2026: Première de “Tancredi” de Gioachino Rossini, écrit en 1813 alors qu’il n’avait que 21 ans, et inspiré de la tragédie éponyme de Voltaire qui narre l’histoire du prince normand Tancrède de Hauteville, héros de Syracuse durant l’invasion sarrasine de la Sicile et de ses amours contrariées avec la jeune Amenaide, une adaptation tragique du philosophe de Ferney, bien loin de la geste de Tancrède, roi de Sicile et de son épouse Clorinda. A cette occasion, le Surintendant Francesco Giambrone a confié la mise en scène de cette oeuvre intemporelle à la célèbre Emma Dante, tandis que revient sur le podium, en grande forme, le maestro Michele Mariotti – de la dynastie des fondateurs du Rossini Opera Festival de Pesaro – qui dirige avec brio l’orchestre de l’Opéra de Rome dont il est également le directeur musical.

Michele Mariotti, Directeur Musical de l’Opéra de Rome

Pour la première fois, le rôle-titre sera tenu par le contre-ténor de renommée internationale, le sémillant Carlo Vistoli à la voix prodigieuse et à la technique aussi parfaite que raffinée, alors qu’Amenaide est interprétée par Martina Russomanno, jeune et belle soprano à la voix divine qui a enchanté le public romain pour ses débuts au Théâtre Costanzi. Le reste de la compagnie est à la hauteur des attentes des mélomanes de la Ville Eternelle, avec le baryton Luca Tittoto (Orbazzano), les deux jeunes recrues du Projet Fabbrica,  Ekaterine Buachidze (Isaura) et Maria Elena Pepi (Roggiero). Une mention honorable pour le ténor Antonino Siragusa qui a remplacé au pied levé son collègue Enea Scala qui n’a pu prendre part à cette Première d’exception. Le choeur exclusivement masculin est dirigée avec le panache incomparable du maestro Ciro Visco qui, non seulement a réussi à tirer le meilleur de ses chanteurs dans une partition particulièrement complexe, mais a aussi explicitement démontré la complicité du choeur tout entier avec les exigences artistiques d’Emma Dante, qui a transformé la scène de l’Opéra de Rome en un immense théâtre de marionnettes à la Sicilienne ( les fameux “pupazzi”), où les solistes incarnent les marionettistes qui finissent par prendre vie eux-mêmes dans les personnages dont ils tirent les ficelles.

Ciro Visco, Directeur du Choeur de l’Opéra de Rome

Carmine Maringola a imaginé des décors monumentaux, peints à la main représentant l’Etna et ses contreforts, les rivages de Sicile, l’intérieur imaginaire du Palais Royal et bien d’autres détails qui ont laissé le public bouche bée, un peu à la manière des enfants qui assistent à un spectacle de marionnettes pour la première fois. Les costumes imaginées par Emma Dante et Chicca Ruocco reprennent les armures, les plumes colorées, les tulles et les taffetas moirés de la tradition de la Magna Grecia et les mouvements chorégraphiques des danseurs/mimes coordonnées par Manuela Lo Sicco se succèdent avec magie, passant des tourbillons de derviches byzantins aux gestes saccadés de pantins articulés. Lumières suggestives de Luigi Biondi.

Carlo Vistoli, une fois encore, nous a surpris par les multiples facettes de son talent maintes fois admirées sur les scènes mondiales et son extraordinaire adaptabilité à l’écriture de Rossini et aux exigences compliquées d’un grand metteur en scène au service de ce chef-d’oeuvre de “l’Opera Seria”, sorte de transition stylistique entre le Baroque et le Néo-classicisme que magnifie “Tancredi”. Evidemment était attendu avec impatience le fameux air “Di tanti palpiti” et sans surprise, Vistoli, avec élégance et les accents virtuoses et incomparables de sa voix si spéciale a déchaîné l’enthousiasme de toute la salle en une salve de longs applaudissements intenses, qui se sont renouvelés au second acte lors du non moins fameux “Ah, che scordar non so”. Martina Russomano a, elle aussi, gagné les faveurs du public pour “Come dolce all’alma mia” et “Giusto Dio che umile adoro” mais le sommet de la beauté et de la perfection musicale fut atteint lors des duos avec Vistoli “L’aura che intorno spiri” et surtout au second acte, le magnifique et dramatique “Fiero incontro […] Lasciami, non t’ascolto” avant la mort tragique du héros. Une soirée grandiose, riche en émotions inoubliables avec des interprétations vocales à couper le souffle par leur sensibilités complémentaires et leurs étonnantes résonnances dans un monde contemporain qui, décidément, ne pourra trouver son salut que dans la beauté.

Photo credits: Fabrizio Sansoni pour l’Opéra de Rome

Carlo Vistoli, entouré de la princesse Stefania Pignatelli Gladstone et du prince Sisowath Ravivaddhana Monipong à la réception à l’issue de la Première.

19 maggio 2026: Prima di “Tancredi” di Gioachino Rossini, scritto nel 1813 quando aveva solo 21 anni e ispirato all’omonima tragedia di Voltaire che narra la storia del principe normanno Tancredi d’Hauteville, eroe di Siracusa, durante l’invasione saracena della Sicilia e del suo amore contrastato con la giovane Amenaide, un adattamento tragico del filosofo di Ferney, ben lontano dall’epopea di Tancredi, re di Sicilia, e di sua moglie Clorinda. Per l’occasione, il Sovrintendente Francesco Giambrone ha affidato la regia di quest’opera senza tempo alla celebre Emma Dante, mentre torna sul podio, in grande forma, il maestro Michele Mariotti – della dinastia dei fondatori del Rossini Opera Festival di Pesaro – che dirige con brio l’Orchestra dell’Opera di Roma, di cui è direttore musicale. Per la prima volta, il ruolo principale è affidato al contraltista di fama internazionale, il vivace Carlo Vistoli, dalla voce prodigiosa e dalla tecnica tanto perfetta quanto raffinata, mentre Amenaide è interpretata da Martina Russomanno, giovane e bel soprano dalla voce divina che ha incantato il pubblico romano al suo debutto al Teatro Costanzi. Il resto della compagnia è all’altezza delle aspettative degli amanti della musica della Città Eterna, con il baritono Luca Tittoto (Orbazzano), le due giovani leve del Progetto Fabbrica, Ekaterine Buachidze (Isaura) e Maria Elena Pepi (Roggiero).

Una menzione d’onore va al tenore Antonino Siragusa, che ha sostituito all’ultimo momento il collega Enea Scala, impossibilitato a partecipare a questa prima d’eccezione. Il coro, composto esclusivamente da uomini, è diretto con l’incomparabile brio del maestro Ciro Visco, il quale non solo è riuscito a trarre il meglio dai suoi cantanti in una partitura particolarmente complessa, ma ha anche dimostrato chiaramente la complicità dell’intero complesso alle esigenze artistiche di Emma Dante, che ha trasformato il palcoscenico dell’Opera di Roma in un immenso teatro di marionette alla siciliana (i famosi “pupazzi”), dove i solisti incarnano i burattinai che finiscono per prendere vita essi stessi nei personaggi di cui tirano i fili. Carmine Maringola ha ideato scenografie monumentali, dipinte a mano, che raffigurano l’Etna e le sue pendici, le rive della Sicilia, l’interno immaginario del Palazzo Reale e molti altri dettagli che hanno lasciato il pubblico a bocca aperta, un po’ come i bambini che assistono a uno spettacolo di marionette per la prima volta. I costumi ideati da Emma Dante e Chicca Ruocco riprendono le armature, le piume colorate, i tulle e i taffetà moiré della tradizione della Magna Grecia, mentre i movimenti coreografici dei ballerini/mimi, coordinati da Manuela Lo Sicco, si susseguono con magia, passando dai vortici dei dervisci bizantini ai gesti a scatti dei burattini articolati. Suggestiva illuminazione di Luigi Biondi.

Carlo Vistoli, ancora una volta, ci sorprende con le molteplici sfaccettature del suo talento, più volte ammirate sui palcoscenici mondiali, e con la straordinaria capacità di adattarsi alla scrittura di Rossini e alle complesse esigenze di un grande regista al servizio di questo capolavoro dell’“Opera Seria”, una sorta di transizione stilistica tra il Barocco e il Neoclassicismo che “Tancredi” esalta. Ovviamente era atteso con impazienza la famosa cabaletta “Di tanti palpiti” e Vistoli, senza sorpresa, con eleganza e gli accenti virtuosistici e incomparabili della sua voce così speciale, ha scatenato l’entusiasmo di tutta la sala in una raffica di lunghi e intensi applausi, che si sono ripetuti nel secondo atto durante la non meno famosa “Ah, che scordar non so”. Anche Martina Russomano ha conquistato il pubblico con “Come dolce all’alma mia” e “Giusto Dio che umile adoro”, ma l’apice della bellezza e della perfezione musicale è stato raggiunto nei duetti con Vistoli “L’aura che intorno spiri” e soprattutto nel secondo atto, il magnifico e drammatico “Fiero incontro […] Lasciami, non t’ascolto” prima della tragica morte dell’eroe. Una serata grandiosa, ricca di emozioni indimenticabili con interpretazioni vocali mozzafiato per la loro sensibilità complementare e le loro sorprendenti risonanze in un mondo contemporaneo che, decisamente, potrà trovare la sua salvezza solo nella bellezza.

“Don Giovanni” de Mozart a Phnom Penh: la passion lyrique du prince Sisowath Ravivaddhana Monipong

Avec le prince Sisowath Ravivaddhana Monipong, Intermezzo a Phnom Penh.

Passionné d’opéra, cet italien d’adoption descend des deux grandes dynasties qui ont fait le royaume: il a lancé le tout premier festival d’art lyrique du pays, qui soutenait cette année les Cambodgiens victimes des conflits avec la Thailande voisine.

Ce jour-là, il parle d’une voix calme et distinguée, attentif aux lumières qui éclairent la scène du Théâtre Naba de Phnom Penh. D’ici peu, une centaine d’artistes venus du monde entiers le rejoindront pour la première répétition de Don Giovanni, qui se jouera à pendant deux dates, les 12 et 14 décembre. Le prince Sisowath Ravivaddhana imagine déjà le chef Jun Iisaka diriger les musiciens auxquels se joindront les talents de l’Orchestre des Jeunes d’Angkor. Il voit d’ici les étudiants en art et spectacle de l’Association Phare Ponleu Selpak donner vie au livret de Lorenzo da Ponte auprès du baryton Ciro Giordano Orsini, du ténor Enrico Terrone Guerra ou encore des sopranos Ai Iwasaki et Yasko Fujii, interprètes du prestigieux « opéra des opéras » composé par Mozart. « Don Giovanni est une œuvre qui compte beaucoup pour moi, précise le prince. C’est même celle qui m’a fait aimer l’art lyrique ».

La confidence nous ramène aux années 1990, durant lesquelles Ravivaddhana est étudiant en hypokhâgne, en région parisienne. Un soir, grâce à son professeur d’histoire, il assiste avec ses camarades de promotion à une représentation de ce chef-d’oeuvre absolu au théâtre national de l’opéra-comique. « La mise en scène était moderne, même osée pour l’époque. Mais la musique de Mozart m’a ensorcelé. J’en garde un souvenir de volupté intense. »

A cette époque, le fils du prince Sisowath Samyl Monipong – petit-fils du roi Sisowath Monivong, qui régna entre 1927 et 1941, et cousin germain du roi Norodom Sihanouk -, n’a qu’une ambition : voyager. S’il a grandi avec sa soeur cadette la princesse Ubbolvaddey, entre Paris et Ribeauvillé, «joli village sur la Route du vin, en Alsace», ses parents lui ont transmis à travers les saveurs et les musiques du quotidien leur amour du Cambodge, qu’ils ont quitté en 1971, alors qu’il n’avait pas un an. «Maman, la princesse Norodom Daravadey, trompait son mal du pays en nous racontant des anecdotes de la cour au temps des rois Sisowath, Monivong et Sihanouk. Papa partageait quant à lui ses souvenirs de l’Armée de l’Air cambodgienne pour laquelle il avait été pilote de chasse». Le jeune Ravivaddhana sait dès lors que «la vie entière n’a de sens que si le Cambodge en fait partie intégrante. Notre famille est destinée à servir nos concitoyens avec dévouement et respect. Quel que soit le métier que j’allais choisir la mère-patrie allait s’imposer comme une évidence dans mon parcours».

Installé en Italie après avoir débuté sa carrière professionnelle au développement commercial de grandes multinationales, Ravivaddhana devient très vite consultant pour les Nations Unies. En 2000, trois ans après avoir posé ses valises à Rome, une mission du Programme Alimentaire Mondial lui permet de renouer avec ses origines. « A Phnom Penh, le bureau du PAM se trouvait sur l’avenue où mes parents ont habité jusqu’à ma naissance. Leur magnifique maison en teck avait été démantelée après l’invasion vietnamienne de janvier 1979 pour servir de bois de chauffe ». Les retrouvailles avec sa cousine la princesse Rattana Devi, petite-fille du roi Sihanouk, ou encore avec la princesse Sisowath Pongneary, sœur du prince Samyl que tous surnomment affectueusement Lolotte, permettent cependant à Ravivaddhana de trouver peu à peu sa place dans ce décor.  En 2016, son cousin le roi Sihamoni le nomme ambassadeur du royaume avec rang de sous-secrétaire d’État. Il travaille dès lors à la promotion des échanges culturels entre l’Italie et le Cambodge. Collaborateur régulier de l’Opera International Magazine, Ravivaddhana a fini par quitter Rome pour sa province, « à Monterotondo. La vie y est plus tranquille et propice à la méditation ». Ses projets tournent désormais exclusivement autour de l’art lyrique. 

« Ma vocation théâtrale est née grâce au marquis Vincenzo Grisostomi Travaglini,  musicologue que j’ai rencontré voici plus de quinze ans chez notre amie commune, feue la princesse Ira von Fürstenberg. Franco Zeffirelli avait été son mentor. Et j’ai commencé à l’assister dans la mise en scène de Tosca, de Puccini, pour l’Opéra d’Ankara, en 2010. » Le duo ambitionne de faire connaître l’opéra à l’italienne à l’étranger, notamment en Asie du Sud-Est. La Bohème, de Puccini, Lucia di Lammermoor, de Donizetti, et bien d’autres projets, aiguisant son sens de la narration musicale permettent à Ravivaddhana de monter plusieurs spectacles à Phnom Penh. Cavalleria Rusticana, Pagliacci, les créations se succèdent. Jusqu’à Madama Butterfly, « qui se joue il y a deux ans à guichet fermé. Pour ce spectacle, nous avons notamment fait appel à la styliste phnompenhoise Romyda Keth qui a su imaginer des costumes exceptionnels, essentiels au succès de l’opéra ».

Cette année, le prince a choisi s’attaquer à ce monument que représente pour lui Don Giovanni afin d’inaugurer le Festival international d’Opéra de Phnom Penh, créé avec l’équipe des débuts dans le but de démocratiser l’art lyrique au Cambodge. Et pour accompagner le 20è sommet de la Francophonie, qui sera accueilli l’an prochain par la capitale khmère, le Festival a d’ores et déjà programmé La Bohème, de Puccini, dont l’action se déroule au coeur du Paris romantique. En voyant arriver les premiers artistes sur la scène du Naba, Ravivaddhana sourit d’aise et se dirige vers eux pour les accueillir. D’ici peu, quelques accords de violons et autres vocalises s’élanceront dans l’air, trahissant parfois une impatience partagée, celle d’offrir à Phnom Penh un peu de magie.

Fanny Del Volta. 31 décembre 2025

Le marquis Vincenzo Grisostomi Travaglini et le prince Sisowath Ravivaddhana Monipong, 14 décembre 2025

Photo credits: Jérémie Montessuis et Victor Boissel

L’Envoûtante Interprétation de Roméo et Juliette par Vittorio Grigolo

Le Surintendant de l’Opéra de Rome, Francesco Giambrone nous a encore une fois littéralement enchantés en accueillant pour la première fois sur la scène du Costanzi un des plus grands chef-d’oeuvre de l’art lyrique “à la Française”: “Roméo et Juliette” de Charles Gounod. Sous la baguette du célèbre maestro Daniel Oren, le public romain a découvert la merveilleuse adaptation de l’histoire intemporelle des amants de Vérone, remaniée en 1867 avec une subtile précision par les deux librettistes de “Faust”, Jules Barbier et Michel Carré, qui ont mis en valeur les sentiments purs et intenses des deux protaganistes, reléguant sur un plan secondaire les autres personnages de la pièce de William Shakespeare. La passion de Gounod pour “Roméo et Juliette” remonte à ses jeunes années, quand il assista à l’âge de 21 ans aux répétitions de la symphonie dramatique éponyme de Hector Berlioz. Deux ans plus tard, alors qu’il goûte le succès de son Prix de Rome à la Villa Médicis, il commence à travailler sur le livret de Vincenzo Bellini de “I Capuleti e i Montecchi”. C’est la traduction de François-Victor Hugo, un des fils du grand Victor Hugo que choisissent Barbier et Carré pour extraire une douzaine de scènes significatives avec l’accord de Gounod qui écrira une grande part de son opéra au bord de la Méditerranée à Saint-Raphaël où il retrouve la juste inspiration pour se plonger dans la passion toute italienne d’un Roméo tourmenté et amoureux. A noter que le fameux ”Je veux vivre” de Juliette fut ajouté quelques semaines seulement avant la Première, probablement pour satisfaire le caprice de Caroline Miolan-Carvalho, fameuse soprano colorature … et surtout épouse du baryton Léon Carvalho, directeur du Théâtre-Lyrique (Théâtre du Chatelet) depuis 1856. C’est aussi Carvalho qui demanda l’ajout du cortège nuptiale au quatrième acte pour une question selon lui “d’effet dramatique”. Le succès fut immédiat et retentissant …et ne fut jamais démenti. L’opéra fut repris maintes fois, notamment à l’Opéra-Comique en 1873 avec des modifications apportées par Georges Bizet et la version finale, avec ballet, en 1888 par Gounod lui-même au Palais Garnier. A chaque fois, le public est au rendez-vous et plébiscite chaque nouvelle version avec chaleur et enthousiasme.

Roméo et Juliette – Nino Machaidze (Juliette)_ph Fabrizio Sansoni-Teatro dell’Opera di Roma

Presque 159 ans jour pour jour après sa création à Paris le 27 avril 1867, l’Opéra de Rome nous offre Sa Première de “Roméo et Juliette” le 28 avril 2026. Là encore, c’est un défi réussi avec une orchestration à l’italienne du maestro Oren qui choisit de donner une intensité lyrique plus ample encore avec une alternance de ralentissements gracieux et de fougueuses accélérations au gré de l’intrigue qui se déroule avec souplesse et délicatesse dans une mise en scène en noir et blanc de Luca De Fusco où seuls Roméo et Juliette ont droit à des costumes colorés, créés par Marta Criosolini Malatesta, auteure également des décors. Lumières de Gigi Saccomandi et projections vidéo de Alessandro Papa. Chorégraphe Alessandra Panzavolta. Le choeur de l’Opéra de Rome nous surprend avec plaisir par son adaptabilité au lyrisme français sous la direction appliquée et méthodique  du maestro Ciro Visco.  

Roméo et Juliette – Vittorio Grigolo (Roméo), Nino Machaidze(Juliette)_ph Fabrizio Sansoni-Teatro dell’Opera di Roma

Sans surprise, le Diamant incontesté de cette version romaine est le sémillant ténor Vittorio Grigolo. Dans un Français impeccable, qu’il doit à ses années d’enfance et de jeunesse passées à l’Institut Saint Dominique de Rome et grâce à sa présence scénique, magnétique et envoûtante, il nous entraîne à sa suite dans une interprétation tumultueuse d’un Roméo en proie aux élans impétueux de la fleur de sa jeunesse et quand il entonne “Ah, lève-toi Soleil”, chaque spectateur présent a ressenti la chaleur de l’astre céleste remplir de son aura la salle toute entière. Grigolo nous a régalés avec son Roméo fragile dans son innocence et jusqu’à la fin tragique, il a su nous émouvoir sans faillir un seul instant. Nino Machaidze dans le rôle de Juliette a donné le meilleur de son art après l’entracte mais son “Je veux vivre” a rendu avec modération et un peu trop de retenue la fraîcheur de l’âme et la virtuosité requise pour cette valse qui reste un des airs les plus attendus du grand public. A noter une prestation remarquable du mezzo-soprano Aya Wakizono, qui a personnalisé avec un charme tout oriental la romance de Stéphano “Que fais-tu, blanche touterelle” où son ardente expressivité et son indolente nonchalance ont incontestablement conquis le public. Encore une soirée d’exception en hommage au génie de Charles Gounod qui a tant aimé Rome!

Avec le Ténor Vittorio Grigolo à l’issue de la Première de “Roméo et Juliette” de Chales Gounod, Rome le 28 avril 2026
Avec le Surintendant Francesco Giambrone à la Première de “Roméo et Juliette” de Chales Gounod, Rome le 28 avril 2026
Avec le marquis Vincenzo Grisostomi Travaglini à la Première de “Roméo et Juliette” de Chales Gounod, Rome le 28 avril 2026
“Tanti Vip per Romeo e Giulietta” un articolo di Lucilla Quaglia ne “Il Messaggero” del 29 aprile 2026

Danse et musique : La magie d’Angelin Preljocaj à l’Opéra de Rome

Le 14 avril 2026 a eu lieu au Teatro Nazionale de l’Opéra de Rome la première d’un spectacle original dédié complètement au chorégraphe Angelin Preljocaj,judicieusement rappelé par la directrice de la danse et étoile de l’Opéra de Paris, Eleonora Abbagnato pour accompagner le corps de ballet romain dans une nouvelle aventure. “Annonciation”, “La Stravaganza” et “Noces”, sont les trois pièces magistrales qui sont proposées au cours de cette soirée d’exception, où les compositions d’Antonio Vivaldi et d’Igor Stravinskij côtoient celles de Stéphane Roy, Robert Normandeau ou encore Evelyn Ficarra et Åke Parmerud. La solide amitié de plusieurs décennies qui lie Preljocaj à Eleonora Abbagnato se reflète également dans l’harmonie de leur collaboration artistique, motivant les danseurs de l’Opéra de Rome à se dépasser encore davantage dans une recherche esthétique sophistiquée et sobre à la fois, toujours unique car signée Preljocaj !

Serata Preljocaj – Annonciation 1° cast, L’Archange (Annalisa Cianci), Marie (Marta Marigiliani)_ ph Fabrizio Sansoni – Opera di Roma

“Annonciation” est confiée ce soir-là à la soliste Marta Marigliani dans le rôle de la jeune Vierge Marie et Annalisa Cianci dans celui de l’Archange Gabriel, qui dans ce cas deviendra Gabrielle avec deux “l”! L’osmose cathartique entre les deux danseuses est palpable tout au long de la pièce, chacune à sa manière. Marigliani propose une interprétation d’une Marie juvénile, en proie aux doutes de ce destin singulier qui la mènera à devenir la mère terrestre du Verbe Incarné. Cianci est plus technique dans son expression dansée, avec un respect scrupuleux de la succession de mouvements élégants et autoritaires dont la beauté et la grâce ne sont pas sans rappeler les attitudes des sujets des grands peintres et sculpteurs de la Renaissance italienne. Les deux jeunes femmes se retrouvent dans une subtile complicité, toute féminine qui réhausse la douceur et la fragilité de la pureté virginale de Marie.

Serata Preljocaj – La Stravaganza (Susanna Salvi e Michele Satriano)_ph Fabrizio Sansoni – Opera di Roma

“La Stravaganza” nous arrive après un bref changement de scène dans un tourbillon intense de sensualité lascive de corps enchevêtrés dans une sarabande humaine, jouissive et chaste à la fois. Puis les figures du sublime “Pas de deux” avec le toujours merveilleux Michele Satriano qui embrase la scène de sa virilité extatique et sa passion contagieuse, alors que sa compagne, l’étoile Susanna Salvi nous régale une fois de plus de la perfection de son art dans une spirale ascendante de virtuosité. Mention spéciale pour Gabriele Consoli, Giacomo Castellana, Claudio Cocino et Walter Maimone qui tirent leur épingle du jeu grâce à une technique parfaite et une maîtrise irréprochable du rythme et de la chorégraphie.

Serata Preljocaj – Noces_ph Fabrizio Sansoni – Opera di Roma

Pour finir, le rideau s’ouvre pour la troisième fois sur “Noces” où cinq couples de danseurs et danseuses nous font vivre au son de la composition célèbre d’Igor Stravinskij les vicissitudes de la conjugalité et des aléas de la vie de couple, non sans humour. On retrouve chez les dames avec grand plaisir Marta Marigliani et Annalisa Cianci mais également la fabuleuse Virginia Giovanetti qui offre au public un mélange rare de fragilité feinte et de contrôle parfait de ses capacités de danser dans l’esprit Preljocaj. “Last but not least”, qu’il nous soit permis de rendre hommage ici à la performance incroyable du jeune Valerio Marisca, qui alterne avec brio et une célérité toute calculée, charme, force et désinvolture apparente tout en rendant avec dextérité la complexité de cette succession sublimement rapide et osée de gestes et mouvements du corps, des bras et de la tête, qui mérite d’être saluée ici avec respect et espoir pour un futur brillant de grand danseur.  

Valerio Marisca et Virginia Giovanetti
Prince Sisowath Ravivaddhana Monipong et Valerio Marisca
Autour de l’immense Angelin Preljocaj, le maire-adjoint de Rome, Silvia Scozzese et sa fille Sarah, le prince Sisowath Ravivaddhana Monipong et le marquis Vincenzo Grisostomi Travaglini
“Se la danza scopre l’elettronica” un articolo di Lucilla Quaglia ne “Il Messaggero” della domenica 19 aprile 2026

Asian Film Festival 2026 in Rome: Best Actor Award Goes to Piseth Chhun

“The award for Best Actor goes to PISETH CHHUN for the film BECOMING HUMAN, for his ability to inhabit a metaphysical space with a human body, bringing us together in our favourite place – the cinema – the Best Actor award goes to Piseth Chhun for Becoming Human and his performance, which transports viewers into the world of cinema as well as the profound social change taking place in a country like Cambodia.” a quotation from the 23rd Asian Film Festival in Rome.

Rome (Italy), 15th April 2026

At 7.30 PM on 15th April 2026, the 23rd edition of Asian Cinema Festival in Rome has come to an end with its traditional awards ceremony. The president of the jury this year was famous television journalist Francesco Maesano and the Kingdom of Cambodia was honoured with the Best Actor Award granted to Piseth Chhun, a young and talented actor for his moving and sensitive interpretation of Hai, a journalist who meets a young girl’s spirit,(played by young and talented Savorn Serak)the guardian of a cinema hall which is about to be demolished in Ly Polen’s poetic movie “Becoming Human”.

The plot: in an abandoned cinema’s former spirit guardian wanders through rapidly transformed landscapes to reach her rebirth. Shocked by the world’s brutality, she must
decide whether to become human again or remain ​a homeless ghost. She meets Hai and they will go through a meditative journey during which they will exchange their point of views on Cambodian society use and habits.

“The award for Best Actor goes to PISETH CHHUN for the film BECOMING HUMAN, for his ability to inhabit a metaphysical space with a human body, bringing us together in our favourite place – the cinema – the Best Actor award goes to Piseth Chhun for Becoming Human and his performance, which transports viewers into the world of cinema as well as the profound social change taking place in a country like Cambodia.” a quotation from the 23rd Asian Film Festival in Rome.


Piseth Chhun said he was first confused, surprised and then very excited in a vidéo message which was cheerfully welcomed by the Farnese cinema audience. He declared he will cherish this award and promised to visit Rome as soon as possible. Prince Sisowath Ravivaddhana Monipong who is currently ambassador of the Royal Household of Cambodia was kindly requested to receive the award on behalf of Piseth Chhun.

Prince Sisowath Ravivaddhana Monipong and famous italian television journalist Francesco Maesano at the 23rd edition of Asian Cinema Festival in Rome on 15th April 2026

Beauté et Désillusion : Une Odyssée Baroque à l’Opéra de Rome

Il trionfo del Tempo e del Disinganno regia di Robert Carsen_ph Fabrizio Sansoni – Opera di Roma

Grâce à l’extension des horizons artistiques voulue par le Surintendant Francesco Giambrone, l’opéra de Rome nous a offert le 7 avril 2026 la première absolue au Théâtre Costanzi de l’unique oratorio de Georg Friedrich Haendel “Le triomphe du temps et de la désillusion” avec une mise en scène très moderne de Robert Carsen et Gianluca Capuano comme chef d’orchestre. Ce chef-d’oeuvre de jeunesse, composé à Rome en 1707, trente ans après l’interdiction des spectacles lyriques profanes par le Pape Innocent XII – de la très aristocratique famille des Pignatelli – nous emmène dans une fable allégorique où la Beauté s’abandonne aux loisirs lascifs que lui procure le Plaisir avant de trouver le chemin de la rédemption grâce au Temps, impitoyable arbitre de l’existence terrestre et de son acolyte omniscient, la Désillusion. La traduction en français du substantif italien “disinganno” en désillusion est relativement inexacte; on devrait plutôt qualifier cette allégorie primordiale de l’oratorio comme celle qui analyse et explique les subterfuges du sybaritisme sensuel qui ne peut mener qu’à la vacuité sémantique de la vie humaine…

Il trionfo del Tempo e del Disinganno regia di Robert Carsen_ph Fabrizio Sansoni – Opera di Roma

Le metteur en scène canadien, qui connut ses premiers succès auprès du public de la calviniste suisse, a ainsi conçu, originellement pour la clotûre du Festival de Pentecôte de Salzbourg en 2021, une ambiance qui nous projette dans les coulisses d’une parodie d’une compétition télévisuelle, où le prix du mannequin de l’année échoit à la Beauté. Le jury composé du Temps, du Plaisir et de la Désillusion opte pour ce choix unanimement mais c’est le Plaisir qui fait signer un contrat exclusif à la Beauté en lui promettant monts et merveilles dans un foisonnement de luxure et de rails de cocaïne… Suivant le livret du cardinal Benedetto Pamphilj, l’oratorio finira dans la sobriété obscure d’un retour à la morale après une vie dissolue où le cilice remplacera les paillettes, un peu sur les traces de la jeune Thérèse d’Avila avant son éveil à la Sainteté. Tous les arguments du Baroque classique sont mis ici mis au service du concept scénique de Carsen, assisté de Gideon Davey pour les décors et les costumes et de Peter Van Praet pour les lumières: les miroirs sont ceux du Palais du Temps qui met la Beauté face aux ravages implacables de l’âge; la mise en abîme caractéristique est rendue par les images filmées à travers les caméras du plateau de télévision (Video: RocaFilm), qui sont projetées en direct sur les écrans plus ou moins géants, usant des procédés techniques de pointe pour changer les fonds des images comme dans un studio réel avec la participation de mimes/acteurs de bel aspect (mouvements chorégraphiques de Rebecca Howell) qui accompagnent les vicissitudes de la Beauté à travers son odyssée qui la porteront de la jouissance la plus effrénée à la chasteté la plus janséniste.

Il trionfo del Tempo e del Disinganno regia di Robert Carsen_ph Fabrizio Sansoni – Opera di Roma

Quelques regrets cependant pour une orchestration sans grands reliefs… Le Temps (le Britannique Ed Lyon) et la Beauté (la Suédoise Johanna Wallroth) tirent leur épingle du jeu de façon honorable mais sans plus: leur chant est juste, sobre…peut-être un peu trop pour une oeuvre baroque. Le Plaisir, incarné par Anna Bonitatibus, malgré un curriculum vitae impressionnant, n’arrive pas à donner à son personnage le brio et l’empathie turbulente avec lesquels une Cecilia Bartoli ou une Simone Kermes auraient très certainement honoré la partition difficile de ce personnage-clef.

Il trionfo del Tempo e del Disinganno regia di Robert Carsen_ph Fabrizio Sansoni – Opera di Roma

Heureusement, la beauté du Baroque, le plaisir de la musique et du temps qui n’a pas de prise pour ceux qui l’écoutent nous furent offerts incontestablement par le contre-ténor Raffaele Pe qui nous a enchantés par la sensualité raisonnée mais non feinte de la Désillusion, nous transportant dans un tourbillon de force et de volupté avec ses vocalises virtuoses, à tel point que le public exprima son enthousiasme à maintes reprises dans ses applaudissements durant et à la fin du spectacle, hommages vibrants à Pe, authentique protagoniste de la soirée, répétant ainsi son succès de la Chapelle Royale de Versailles en 2019 dans le même rôle.

le Prince Sisowath Ravivaddhana Monipong en compagnie du contre-ténor Raffaele Pe

L’Art de la Danse: Neumeier, Godani, et Millepied à l’Opéra de Rome

17 mars 2026: l’Opéra de Rome célèbre l’Unité italienne avec le corps de ballet et ses premiers danseurs qui ont offert au public de la Ville Eternelle un magnifique spectacle, empli de poésie et de sensualité dans ce Triptyque imaginé par la directrice de la danse, Eleonora Abbagnato, qui après avoir enchanté Paris pendant de nombreuses années, est revenue dans la capitale italienne, à la tête de la prestigieuse institution. John Neumeier, Jacopo Godani et Benjamin Millepied ont naturellement donné leurs patronymes à cette soirée de grande classe avec leurs créations chorégraphiques contemporaines qui ont trouvé une place de choix dans le coeur des spectateurs.

Spring & Fall by John Neumeier

Le rideau s’ouvre sur “Spring and Fall”, Printemps et Automne de Neumeier, sur une musique de Antonín Dvořăk, une chorégraphie inspirée d’un poème du Jésuite Gerard Maley Hopkins qui s’adresse à un enfant pour lui expliquer en quelques vers choisis le parcours de la vie, passant du réveil des sens à l’endormissement progressif conduisant au trépas, issue heureuse d’une existence accomplie.

Susanna Salvi & Gabriele Consoli

Une poésie que Neumeier décide de mettre en pas de danse en 1991 à Hambourg sur les notes les plus célèbres de Dvořăk interprétées avec grâce et volupté par la danseuse étoile, Susanna Salvi qui nous emporte dans un tourbillon étourdissant de pirouettes et volutes diaphanes, rehaussé par la prestation excellente du Premier Danseur Michele Satriano, viril et délicat tout en nuances, de Giacomo Castellana, intense dans son expressivité sensuelle ainsi que la fougue de la jeunesse enflammée de Gabriele Consoli.

Giacomo Castellana

La cohésion sans faille des meilleurs éléments du corps de ballet de l’Opéra de Rome, qui ondulent gracieusement en alternant force énergique et tranquillité dans une symbiose parfaite entre classicisme et recherche de la perfection harmonieuse des mouvements, caractéristiques majeures de John Neumeier, qui à 87 ans reste et demeure une référence absolue de la créativité chorégraphique contemporaine.  

Michele Satriano

Le deuxième moment de ce Tryptique retentit d’une force incroyable pour plusieurs raisons: Jacopo Godani, après une époustouflante carrière internationale, a complété à Rome son travail intitulé “Echoes from a resless soul” – Echos de la part d’une âme agitée – en y ajoutant pour la première fois, Scarbo, la troisième et dernière partie du poème mystique de Maurice Ravel “Gaspard de la nuit”, la célèbre composition inspirée des poèmes d’Aloysius Bertrand. Un peu comme James Whistler a mis les nocturnes de Chopin en peinture, Ravel a composé son Gaspard de la nuit en suivant les méandres tortueuses des récits mystiques et mélancoliques que sont Ondine, le Gibet et Scarbo.

Echoes from a restless soul by Jacopo Godani

L’obscurité de la nuit proposée par le célèbre père du Boléro est traduite ici par une quête complexe de la pluralité de la lumière comme antithèse à l’obscurité à travers des pas de danse exprimés avec un grand sens du mystère et de l’interprétation symbolique. Ondine prend ici les visages de deux “Apsara” occidentales, Federica Maine et Virginia Giovanetti qui personnifient sublimement la séduction de nymphes aquatiques envers deux splendides êtres humains qui succombent sans résistance: Michele Satriano, toujours aussi magnifiquement expressif et esthétiquement accompli, et Jacopo Giarda dont la puissance animale exhale son authenticité à travers des arabesques finissant toujours avec une tendresse infinie.

Virginia Giovanetti & Jacopo Giarda

A noter la beauté et la synchronisation des harmonies d’ensemble qui donnent corps à la musique provenant des mains magiques de Massimo Spada au piano. L’apothéose qui culmine dans Scarbo après la montée graduelle des impressions du soleil couchant du Gibet est rendue avec brio dans l’adéquation parfaitement équilibrée entre la musique, la danse et la lumière.

Michele Satriano & Federica Maine

Troisième temps de ce Tryptique, “I feel the earth move”, une chorégraphie sensible et exaltée de Benjamin Millepied, qui nous propose un instant de vitalité en mouvement, de sublimation de la femme qui représente ici le moteur du bonheur de la vie. La musique de Philip Glass est un prétexte à un kaléidoscope de mouvements chamarrés qui nous entraîne à sa suite dans une spirale ascendante pour affirmer la positivité de la danse après la poésie lumineuse de Dvořăk et l’obscurité mystique de Ravel. Une mention spéciale pour Giacomo Castellana (encore une fois!) et Beatrice Foddi qui ont donné une puissance expressive exceptionnelle à leur couple artistique.

Giacomo Castellana & Beatrice Foddi

Après une “Bayadère” enchanteresse en février, le Surintendant Francesco Giambrone a de nouveau fait mouche: confirmer l’Opéra de Rome en tant que temple sacré de la beauté absolue des arts de la scène.

Photo credits: Fabrizio Sansoni pour l’Opéra de Rome

Dottore Cosimo Manicone, Principe Sisowath Ravivaddhana Monipong & Marchese Vincenzo Grisostomi Travaglini

4th January 2026: Royal Audience with King Norodom Sihamoni

On Sunday 4th January 2026, in Phnom Penh, His Majesty Preah Karuna Preah Bat Samdech Preah Boromneath King Norodom Sihamoni granted me and Marquess Vincenzo Grisostomi Travaglini the honour of a Royal Audience in Khemarin Palace at 10.00 a.m.

Marie Perbost : Étoile du Concert Baroque à l’Opéra de Rome, 5 mars 2026

Marie Perbost (photo credits: Fabrizio Sansoni pour l’Opéra de Rome)

Depuis l’arrivée à la direction de l’Opéra de Rome du Surintendant Francesco Giambrone en 2021, le programme de la fondation lyrique s’est considérablement enrichie avec audace et succès. Le 5 mars dernier, le public romain fut de nouveau gâté avec un concert exceptionnel de musique baroque intitulé “A la cour des rois de France: Musique pour Versailles” sous la direction du flamboyant Emmanuel Resche-Caserta, le fameux premier violon des Arts Florissants de William Christie qui, après nous avoir régalés en 2023 avec la première exécution moderne de l’oratorio de Francesco Gasparini, “Atalia” dans le cadre féérique du Cloître de la Trinité des Monts à Rome est revenu nous enchanter avec l’Orchestre National Baroque, composé de jeunes talents en herbe de toute l’Italie, sous la houlette du Conservatoire Alessandro Scarlatti de Palerme depuis plus de dix ans, avec le soutien constant du ministère des Universités et de la Recherche. La formation musicale est en outre complétée par la participation ponctuelle de musiciens renommés, comme la talentueuse violoncelliste Claire Lamquet, fondatrice de l’Ensemble Hemiolia, particulièrement remarquée à cette occasion pour ses qualités interprétatives et sa maîtrise impeccable de son difficile instrument ou Valentino Zucchiatti, premier bassoniste du prestigieux orchestre de la Scala de Milan, élégant et raffiné comme le répertoire l’exige précisément dans ce contexte particulier. A noter la présence de nombreux jeunes musiciens non seulement français et italiens, mais également espagnols, danois, chinois et britannique.

Emmanuel Resche-Caserta (photo credis Fabrizio Sansoni pour l'Opéra de Rome)
Emmanuel Resche-Caserta (photo credits: Fabrizio Sansoni pour l’Opéra de Rome)

Pour notre plus grand plaisir, Emmanuel Resche-Caserta avait composé un programme reflétant les diverses facettes de la musique du Grand Siècle et du Siècle des Lumières, avec des morceaux choisis des plus grands compositeurs des règnes de Louis XIV et Louis XV que sont Marc-Antoine Charpentier avec le prélude de son célébrissime Te Deum, une passacaille de Marin Marais, une suite charmante tirée du “Bourgeois Gentilhomme” de Jean-Baptiste Lully avant de mettre en lumière l’immense talent de Jean-Philippe Rameau, décidément un des musiciens favoris de notre chef d’orchestre, étant donné la place privilégiée qui lui est accordée avec les Indes Galantes, Castor et Pollux et les Boréades. Une exécution raffinée et allègre, avec douceur et gravité selon les moment mais également fougue et passion, comme l’exige l’esprit baroque le plus authentique.

Valentino Zucchiati (photo credits: Fabrizio Sansoni pour l’Opéra de Rome)

Le “Diamant” de cette soirée artistique de haut vol fut la participation grandiose de la jeune et jolie cantatrice française Marie Perbost, dont la voix suave et sensuelle n’eut d’égale que ses qualités d’actrice, l’expressivité de son visage angélique qui passa du sourire le plus enjôleur à la langueur compassée d’un amour qui se souvient avec nostalgie des jours heureux. En particulier, son interprétation pétillante de l’Air de la Folie, tiré de Platée de Jean-Philippe Rameau, a séduit d’emblée le public romain grâce aux nuances infinies de la tessiture de sa voix parfaite qui allie avec noblesse les passages les plus enthousiastes (et difficiles par la virtuosité requise) avec la douceur diaphane de ces rossignols amoureux qui ne finissent pas de ravir nos coeurs dans leur royaume silvestre, de la tragédie lyrique “Hyppolite et Aricie” du même Rameau. Au son des applaudissements triomphaux qui ont résonné dans la salle dorée du Théâtre Costanzi, le succès de la soirée est indéniable et gageons que l’Opéra de Rome continuera de valoriser cette époque tant appréciée du répertoire en multipliant les rendez-vous baroques dans un avenir proche, toujours sous l’impulsion artistique conjointe de la Sicile et de la France.

(photo credits: Fabrizio Sansoni pour l’Opéra de Rome)
Surintendant Francesco Giambrone et le prince Sisowath Ravivaddhana Monipong ((photo credits: Fabrizio Sansoni pour l’Opéra de Rome)