Carmina Burana et Turandot : Les Étoiles du Festival de Vérone 2026

Le Festival de Vérone est toujours un événement mémorable, qui donne la joie au public de connaisseurs ou de néophytes de se retrouver dans une ville remarquable par sa beauté architecturale, sa gastronomie recherchée et, bien évidemment, l’assurance d’assister à des spectacles grandioses dans le cadre historique de ces arènes imposantes où se sont succédées depuis sa construction au premier siècle de l’ère chrétienne de multiples joutes équestres, des “corridas à l’italienne”, et depuis 1913, à l’occasion du centenaire de la naissance de Giuseppe Verdi, les grands opéras en plein air aux mises en scènes prestigieuses. La France a d’ailleurs joué un rôle important dans la renaissance du monument car en 1805, Napoléon Ier fit débloquer des fonds publics pour sa restauration, qui fut alors confiée à un architecte italien de renom, Luigi Trezza. Outre la splendeur imposante des Arènes de Vérone, le festival lyrique, sous la houlette de Cecilia Gasdia depuis 2018, surintendante, soprano de renom international et directrice artistique de la Fondation Arena di Verona, a proposé un programme à la fois moderne et traditionnel en suivant les goûts d’un public amateur de grande musique, qui va aux Arènes pour assister à un grand moment d’art et de musique dans un environnement unique au monde.

“Carmina Burana” de Carl Orff est une oeuvre souvent qualifiée de “cantate scénique, inspirée des poèmes médiévaux trouvés dans un manuscrit de Benediktbeuern”. La version excellente qui a été donnée à Vérone le 13 août 2026 sous la direction de l’immense chef d’orchestre James Conlon (dirigeant les “Carmina” pour la première fois) a vu la participation exceptionnelle de Carlo Vistoli (jeune et beau contre-ténor, dont la renommée internationale a été plébiscitée depuis toujours par le public français et italien) à cette composition étonnante de la musique dite “monumentale” qui alterne rythmes primitifs avec des chants mélodiques adaptés des ballades gaillardes en bas latin, typiques des “escholiers” médiévaux sous l’emprise de l’alcool et des hormones de la jeunesse.

Erin Morley, Vérone, 2026

En compagnie de la soprano Erin Morley et du baryton Mihai Damian, Carlo Vistoli a offert au public de Vérone une variation originale de cette suite de chants éclectiques au rythmes saccadés, presque militaires, dont l’élégance de l’interprétation chantée et la grâce de l’orchestration magistrale en ont surpris plus d’un en ce lendemain d’éclipse solaire.

Carlo Vistoli, 13 aout 2026

Peut-être est-ce la raison pour laquelle ce spectacle en particulier est devenu une magie fascinante de sons et lumières, notamment grâce aux effets de lasers et couleurs brillantes de Paolo Mazzon qui a littéralement enchanté les spectateurs pendant 70 minutes. Les choeurs de la Fondation de Vérone sous la direction du maestro Roberto Gabbiani ont donné le meilleur d’eux-mêmes et c’est sans surprise que la représentation se clotûra sous un déluge d’applaudissements enthousiastes, particulièrement chaleureux de la part du public essentiellement d’origine germanique. “O fortuna” fut le “bis” choisi, une fois encore sans surprise. La soirée se poursuivit tard dans la nuit pour la compagnie des chanteurs, qui, forts de l’atmosphère allègre de leur succès estival, ont fêté dignement l’anniversaire de Vistoli à la terrasse du restaurant Vittorio Emanuele de Piazza Brà, où le contre-ténor a retrouvé sa grande amie, la soprano Arianna Bartoli qui ont alors entonné un extrait de “Sémiramis” de Gioachino Rossini, en improvisant un “boeuf” comme l’on dit à Paris, pour le plus grand plaisir des badauds et touristes, encore nombreux à cette heure de la nuit.

Turandot, Verona, 2026

Le lendemain, 14 août, fut un autre anniversaire, celui de Cecilia Gasdia et la programmation du Festival a voulu que ce jour de fête soit placé sous les augures du grand Giacomo Puccini avec sa dernière oeuvre “Turandot”, qui fut achevée par Franco Alfano en 1924, dans la merveilleuse mise en scène du mythique Franco Zeffirelli, sous la direction élégante du maestro Andrea Battistoni. Le rideau de scène est ici remplacé par un immense paravent déplié où se déploient des dragons dorés en une immense chevauchée fantastique qui s’ouvriront seulement au deuxième acte pour laisser la place à la munificence éclatante de la reconstitution du Palais Impérial de Pékin où la terrible Princesse (sublime Anna Pirozzi) lancera l’épreuve des trois énigmes que résoudra sans problème aucun le prince tartare Calaf (héroïque et puissant Yusif Eyvazov), non sans causer le trépas tragique de l’esclave Liù, interprétée ici par la délicieuse Lisette Oropesa, à ses débuts dans ce rôle difficile, dont elle se sort avec honneur, surtout au moment déchirant de la mort. Michele Pertusi, historique Timur, donne à l’ensemble de l’opéra la sagesse de son expérience scénique tout en maintenant un niveau interprétatif tout à fait remarquable. De nombreux spectateurs asiatiques n’auront pas manqué de noter l’inclusion de la chanson traditionnelle “Moly Hoa”au moment de l’invocation à la lune par le choeur des enfants mais également la faute impardonnable d’avoir habillé Ping de couleur jaune, couleur exclusivement et uniquement réservé à l’Empereur, le Fils du Ciel. Une mention spéciale pour Pang (raffiné Saverio Fiore) qui a su tirer son épingle du jeu par un chant précis et mélodieux et une présence scénique espiègle et sobre à la fois.

Yusif Eyvazov et Ping, Pong et Pang
Anna Pirozzi

Cette version de “Turandot” est chère à mon coeur car fut une grande source d’inspiration pour les deux “Turandot” auxquelles j’ai participé en tant que dramaturge en Turquie et aux Philippines en 2018, 2019 et 2022 sous la supervision du maestro Vincenzo Grisostomi Travaglini, admirateur sincère et très proche collaborateur du grand Zeffirelli.

Turandot, Manille, 2022

Turandot à Manille en décembre 2022 qui prit les traits de la Reine des Naga avec son long manteau rebrodé d’argent au moment de la mort de Liù et la danse des pétales de fleurs au moment de la victoire de Calaf, lointain écho de l’interprétation féérique de la Danse de la cueillette du thé par la Princesse Norodom Buppha Devi et du Ballet Royal du Cambodge à l’occasion d’une des visites officielle de Zhou En Lai à Phnom Penh dans les année 1960. Souvenirs et émotions pour cet été 2026, dans la chaleur torride caractéristique des années du Cheval de Feu.

Sisowath Ravivaddhana Monipong et Vincenzo Grisostomi Travaglini, Ankara 2018
Turandot, Ankara 2018
Turandot, Manille, 2022

Live Opera to return to CCP stage with ‘Turandot’ | The Final Word

‘Turandot’ in Manila: Prince Ravivaddhana Monipong Sisowath | ABS-CBN Metro.Style

Franco Zeffirelli et Vincenzo Grisostomi Travaglini, Tokyo, 1998
Sisowath Ravivaddhana Monipong, Arènes de Vérone, 14 aout 2026

Festival de Macerata 2026: triomphe de Nabucco et découverte de nouveaux talents

Chaque été, la ville de Macerata dans les Marches en Italie devient une destination privilégiée pour de un nombre croissant de mélomanes à l’occasion du célèbre Macerata Opera Festival (M.O.F.) 2026 qui célèbre cette année sa soixante-deuxième édition avec trois titres d’exception: “Le Trouvère” et “Nabucco” de Giuseppe Verdi et “Le Barbier de Séville” de Gioachino Rossini, avec une exécution unique de “Carmina Burana” le 7 août. La Surintendante Lucia Chiatti avec son jeune et dynamique directeur artistique, Marco Vinco ont choisi ce programme attrayant en tenant compte de l’affluence d’une partie du public de plus en plus jeune qui complète avec bonheur les habitués de cet événement dont la renommée a depuis lontemps dépassé les frontières de l’Italie.

La serata dei Sindaci del Cratere 31 Luglio 2026


“Le Trouvère” de Giuseppe Verdi a rencontré diverses vicissitudes avec deux changements importants: Piero Pretti, à qui le rôle de Manrico ne porte décisément pas bonheur puisqu’il avait déjà dû y renoncer en 2016 dans les mêmes circonstances et Marta Torbidoni (une gloire locale tant aimée à Macerata, non seulement pour son talent mais également en raison de ses origines familiales dans la voisine province d’Ancône) pour le rôle de Leonora.

Haiyang Guo

Ces deux chanteurs ont été remplacés au pied levé par deux jeunes talents de l’art lyrique: Haiyang Guo, ténor chinois à la voix puissante et sûre, avec quelques difficultés à articuler quelquefois, un défaut malheureusement caratéristique des chanteurs étrangers qui ne comprennent pas toujours ce qu’ils chantent, et la jeune et talentueuse Martina Gresia, qui fut décidément le diamant de cette production: appelé au dernier moment pour remplacer la Torbidoni, elle a immédiatement conquis le coeur du public par la grâce et la profondeur de sa voix cristalline et limpide qui a affronté avec élégance les difficultés immenses du rôle de Leonora tout en lui donnant une personnalité unique par sa présence scénique incroyablement intense, étant donné son jeune âge. Décidément, une voix à suivre…

Martina Gresia
Con Martina Gresia 31 Luglio 2026

Le Comte de Luna est incarné par le baryton Vito Priante, valeur sûre qui a brillé par son assurance et sa capacité à faire le lien entre les divers moments de cet opéra compliqué en maintenant très haut le niveau.

Vito Priante

Ce “Trouvère” malgré les sonorités désuètes, probablement voulues par le chef d’orchestre Dmitri Jurowski, héritier d’une dynastie de musiciens russes qui fait preuve ici d’un classicisme intéressant (par exemple lorqu’il porte Guo à entonner le second final “Son io dal Ciel disceso” qui est exécuté très rarement depus les cinquante dernières années) fut malheureusement desservi par cette vision volontairement “dark” dont l’obscurité finit par lasser (lumières de Bruno Poet), un décor qui existe seulement par deux grandes tables immenses et une tour-bûcher qui donne lieu à des jeux pyrotechniques sans grand relief et des costumes d’une banalité cohérente (Louis Désiré) avec le concept global voulu par Francisco Negrin et Angela Kleopatra Saroglou, les deux metteurs en scène qui ont réussi à anéantir la magie romantique de la trame originale de Antonio García Gutiérrez, adaptée par Salvadore Cammarano et Leone Emanuele Bardare en 1852 pour l’opéra de Verdi.


Verdi toujours pour “Nabucco”… avec un grand chef d’orchestre, précis et grandiose, Fabrizio Maria Carminati et un grand metteur en scène international, Paul-Emile Fourny pour cette création inaugurale de la soixante-deuxième édition du M.O.F. qui propose une relecture aux variations “punk des années 1980” du mythe biblique qui relance le processus créatif autour de cette oeuvre de jeunesse devenue mythique dans l’imaginaire collectif avec le célébrissime “Va pensiero” ou “Choeur des Esclaves”.

Ariunbaatar Ganbaatar

Pour le rôle-titre, le baryton mongol Ariunbaatar Ganbaatar, impressionnant Nabuchodonosor aux accents ténébreux et à la parfaite prononciation italienne, a donné notamment une ampleur grandiloquente et une sensibilité particulièrement ressentie dans les moments de folie du monarque babylonien. La jeune et jolie Arianna Bartoli a littéralement enchanté le public par les couleurs de sa voix exceptionnellement agile, qui nous transporte dans son interprétation naturellement virtuose et férocement lascive d’une Abigaille en proie aux doutes et aux remords avant de mourir sublimement. Zaccaria interprété pour la première fois sur scène par Alberto Comes a suscité émotion et appréciation parmi les connaisseurs et le sémillant ténor Alessandro Scotto di Luzio a prêté son charme et sa prestance à Ismaele le rendant ainsi particulièrement attachant et troublant dans les désirs qu’il suscite chez Abigaille et l’amour vrai dans les bras de la douce et pure Fenena (touchante Laura Verrecchia). Applaudissements et enthousiasme chaleureux du public sous le charme!

Con Alessandro Scoto Di Luzio 1 agosto 2026
Alessandro Scotto Di Luzio et Arianna Bartoli
Con Arianna Bartoli 1 Agosto 2026
Con Fabrizio Maria Carminati 1 Agosto 2026

“Last but not least”, “Le Barbier de Séville” de Gioachino Rossini… Une proposition rafraîchissante et pleine de gaieté et de bonne humeur pour cette version coquine de ce joyau du compositeur, cher au coeur des Marchisans… mais gare au dicton “Nul n’est prophète en son pays”. Selon les spectateurs “bien pensant” de la bourgeoisie locale, les originalités de la mise en scène de Daniele Menghini qui a transposé l’action dans un studio de cinéma avec des costumes pailletés (ou non) dans les tons roses, mauves et violets seraient “déplacées” pour ce chef-d’oeuvre du répertoire lyrique international.

Le public de Macerata a exactement décidé le contraire et a accueilli avec chaleur et allégresse cette revisitation pleine de surprises visuelles: l’esprit de Pierre Caron de Beaumarchais est authentiquement respecté dans les allusions scéniques à la mode libertine de la fin du XVIIIème siècle et l’humour grivois du Barbier est salué avec intelligence et brio par Daniele Menghini et son équipe créative. Le chef d’orchestre Gianluca Martinenghi, lui aussi a déclaré forfait et c’est le maestro Jacopo Brusa, jeune prodige de la musique, qui nous offre ici une vision fluide et harmonieuse de la fameuse composition de Rossini en y ajoutant son enthousiasme tout en respectant les délicats équilibres entre orchestre et chants dans cet environnement si particulier du Sferisterio de Macerata. Le résultat est époustouflant et les applaudissements résonnèrent tout le long du “Barbier” avec une intensité crescendo jusqu’à la fin.

Le Comte d’Almaviva (altier et puissant Ruzil Gatin), Don Bartolo (facétieux et virtuose Marco Filippo Romano) donnent la réplique à une Rosina espiègle et sexy interprétée avec une verve dévergondée par Raffaella Lupinacci et une fabuleuse Berta (Giulia Mazzola) qui a su émouvoir et amuser le public avec les qualités d’une voix très intéressante. Figaro, brillant et malicieux Grisha Martirosyan, a hypnotisé le public par son interprétation dynamique et naturellement désinvolte d’un rôle aux nombreuses difficultés, toutes surmontées avec brio et ingéniosité.

Dans toute production, il est un chanteur qui tire particulièrement son épingle du jeu et cette fois-ci, c’est Riccardo Fassi avec son interprétation magnifique d’un Don Basilio à l’orientation fluide déclarée qui nous offre une version toute personnelle de “La calunnia” et qui, par son sourire ravageur et sa voix profonde et grave, nous donne ici la preuve qu’un basse peut séduire la majorité du public non seulement par ses qualités vocales mais aussi par un “physique du rôle” qui dépasse largement les nécessités du livret.

Con Riccardo Fassi 2 agosto 2026


Cette soixante-deuxième édition du Macerata Opera Festival est donc un grand succès populaire avec un public de plus en plus nombreux et de plus en plus jeune, qui, malgré les conditions climatiques caniculaires, n’a pas hésité un instant à remplir les gradins historiques du Sferisterio en rendant hommage à l’esprit innovateur et aux choix originaux d’une direction artistique à la pointe de la création lyrique, toujours avec cette ponte d’humour si chère aux coeurs de ce beau pays que sont les Marches ! Une mention spéciale à l’Orchestra Filarmonica Marchigiana et aux membres du Choeur du Festival, sous la direction du maestro Christian Starinieri qui ont maintenu une qualité musicale remarquable et une constance professionnelle admirable.

Con Vincenzo Grisostomi Travaglini prima del “Barbiere di Siviglia”, Macerata 2 agosto 2026

Nadine Sierra and Xabier Anduaga Shine in Rome’s La Traviata

On Wednesday 24th June 2026, the Opera of Rome and his Sovrintendente Francesco Giambrone have gathered Nadine Sierra and Xabier Anduaga, two absolute stars of today’s international lyric panorama for a historic “La Traviata”, the absolute masterpiece of Giuseppe Verdi, director Francesco Ivan Ciampa, brilliant and attentive, in the scenic version directed by Sofia Coppola and the costumes of late Haute Couture God Valentino Garavani, assisted by Maria Grazia Chiuri e Pierpaolo Piccioli. The red velvet curtain of the opera opened on a wide ballroom with an imponent marble stairs on the right side on which Violetta Valery seemed to be sliding graciously in her somptuous dress of dark tulle crinoline until the middle of the stage during the Preludio (sets by Nathan Crowley, assisted by Leila Fteita). Light designer Vinicio Cheli.  

When she sat down to light up the candles on a small table, the festive reception in her place started. Inspired by the novel of Alexandre Dumas “La Dame aux camélias”, “La Traviata” tells the story of one celebrated “Demi-Mondaine” of Paris in the second half of the XIXth century who fell in love with a candid but handsome heir of Provence, Alfredo Germont; unfortunately that happened when her health declined quickly… She decided nevertheless to flee from Paris with her young lover to her countryside residence, in Bougival where she received the visit of Alfredo’s father, Giorgio Germont (Italian famous beloved baritone Luca Salsi) who explained to her the reasons why Alfredo needs to go back home, as his unique sister would soon get married and that his scandalous behaviour would have damaged their reputation to the point to prevent his brother-in-law to be to concretize his formal proposal.

Violetta with elegance and nobility decided to obey and left Bougival to participate in her friend Flora’s party, dressed in a smashing Valentino-red evening dress and accompanied by her faithful “client” the Baron Douphol (a refined and well prepared Arturo Espinosa). After Violetta lied to him by saying she is in love with Douphol, asked him to Alfredo, very angry, humiliated her in front of all invitees, paying her for her “services” with the money he just won playing cards.

His father arrived and scolded him vehemently and Douphol challenged Alfredo to a duel. The last act let us entering the intimacy of Violetta’s bedroom. It is winter time. Paris is celebrating Carnival. Violetta’s decline is coming to an end. Only her friend, Doctor Grenvil (impeccable Adriano Gramigni) has remained with her, together with her faithful maid, Annina (gracious Sofia Barbashova). Violetta continued to read relentlessly the letter Giorgio Germont wrote her, announcing her the return of Alfredo… but it is too late. Soon after, Alfredo burst into the room, with enthusiasm, giving Violetta a last sip of happiness and hope «Parigi, O Cara» before dying in his arms.

Apart from the magnificent sets and costumes, I remained somewhat bewildered by the personalities of Nadine Sierra and Xabier Anduaga. First of all, Nadine: she was incredibly HERSELF in this production, especially at the end of the first act. After realising that some powerful feeling might occur between her and Alfred «Ah, fors’è lui», Sierra was absolutely fabulous in the famous cabaletta «Sempre libera» where her natural feminine emotivity reached a climax when she exclaimed herself in «Gioir, di voluttà ne’ vortici perir!», which literally means “to blissfully perish in the whirlwinds of pleasure!” The soprano transmitted the essence of music and words by her own personal interpretation which immediately made the audience shivering “à l’unisson” with the iconic character of Violetta. All along the opera, until the utmostly expected “Addio del passato”, she brought all spectators with her in her tragic journey towards death through genuine expressions of love.

May I be allowed to enter into deeper considerations about young, handsome and gifted tenor Xabier Anduaga. In this particular version of “La Traviata”, he magnifies his role with dignity and romantic harshness with the utmost care. His voice timbre, technically perfect, crystal-clear and graceful, together with his physical presence and personal elegance, completed so well the image of Alfredo as this innocent lad of a good provincial family who discovered love for the first time. His interpretation of “lunge da lei…” was impeccable, with his touch of sincerity, sweet and irresistible sensitivity mixed with the turmoils of carnal passion and impulsive vividness transported the audience in the character’s “joie de vivre” which will not last;

his father arrived and Salsi gave us a noble and imponent “Di Provenza” interpretation which was much appreciated in a long applause by the Roman audience. His professionality and popularity are genuinely recognised and praised all over the world of opera.

The rest of the company was graced by the presence of young singers of the “Fabbrica project” of the Opera of Rome such as Flora (Maria Elena Pepi) and Annina (Sofia Barbashova) who succeeded in fulfilling their roles with refined and subtle professionality as well as Alejo Álvarez Castillo in the naughty role of the Marquis d’Aubigny.

A special mention for promising and talented Guangwei Yao (Gastone) and the confirmed abilities of Daniele Massimi, Carlo Alberto Gioja and Salvatore Minopoli in the essential roles for the opera. Last but not least, my warmest congratulations to the dancers of the Opera of Rome, fantastic matadors and sensual gypsies and the Choir of the Opera of Rome, perfectly harmonised by their mythical maestro, Ciro Visco!

That very evening will remain a special memory I will cherish for ever!

24 June 2026: an exceptional La Traviata featuring the great and marvellous Nadine Sierra, who treated the Roman audience to a magnificent portrayal of Violetta Valéry in Giuseppe Verdi’s La Traviata. Moving, captivating, with a unique vocal timbre encompassing all the colours of the rainbow. There are magical evenings at the opera, and I believe I experienced one tonight at the Rome Opera House, thanks to Superintendent Francesco Giambrone and his Magic Team.

Here, alongside the radiant Natasha Nyanin in her golden gown and my diva, the incomparable Violetta, Nadine Sierra, after the performance.

24 June 2026: Xabier Anduaga portrayed an incredible Alfredo Germont with elegance and talent, capturing all the nuances required by this challenging role. A charming and endearing artist, radiating the fiery passion of his Latin youth.

Here he is alongside the wonderful Natasha Nyanin, dressed in gold, for an unforgettable evening! My Darling friend Natasha who came back on purpose to attend this exceptionnal show told me in confidence: “My first Traviata live was 2022 at the Met and like Violetta, little did I know my life was set to change irreversibly that year thanks to a love that would leave me quite bewildered soon. That production also starred Sierra. In a way, seeing her again in Traviata in Roma, on a trip through Italy meant to seal the healing of my soul after for tough years— through recommuning with beauty and reality across Italy — represents a certain full circle moment and a sort of closure (however illusory the idea of closure may be). Violetta doesn’t get the sort of closure we hope for in Traviata. She sings an ounce of hope as her Alfredo returns before she’s consumed fatally by her illness. Such as life: the ending is rarely packaged neatly with a Valentino Red bow but the journey, oh the journey sure can soar with fanciful flight not unlike Verdi’s musical vicissitudes.”

#xabieranduaga#Traviata#roma

Photo credits: Fabrizio Bizio Sansoni for the Opera of Rome

“Songe d’une nuit d’été”: Ballet éblouissant à l’Opéra de Rome

Marianna Suriano (Titania) et les fées

Première absolue à l’Opéra de Rome en ce mardi 9 juin 2026 avec la création sur la scène du théâtre Costanzi du ballet “Songe d’une nuit d’été” sur une composition musicale de Félix Mendelssohn-Bartholdy d’après la comédie de William Shakespeare. Le Surintendant Francesco Giambrone et la directrice de la danse Eleonora Abbagnato nous régalent une fois encore avec un spectacle de très grande qualité avec la participation exceptionnelle de Sae Eun Park, Etoile de l’Opéra de Paris, hôte d’honneur pour la seconde fois cette année, après son succès éclatant dans “La Bayadère” aux côtés du grand Paul Marque. Une véritable féérie musicale s’est ouverte devant nos yeux ébahis, déjà au moment des premières notes de l’ouverture dirigée de main de maître par le maestro Karen Durgaryan, quand le rideau de velours rouge laisse entrevoir ce chemin bordé de frondaisons impressionnantes qui se perd dans une forêt enchantée en perspective infinie, décors et costumes merveilleusement oniriques de Gianluca Falaschi avec les effets de lumière de Valerio Tibi…

Et nous voici dans le monde magique des elfes et des sylphides où les “petits rats” de l’Opéra de Rome rivalisent d’agilité et de mouvements chorégraphiques charmants, repensées spécialement pour eux par Sandra Jennings et Darla Hoover dans le plus grand respect de la chorégraphie originale de George Balanchine, créée en 1962 pour le New York City Ballet. Ce fils spirituel de Marius Petipa a en effet mis en pas de danse la comédie shakespearienne en s’inspirant essentiellement de l’esprit des Ballets Russes de Diaghilev où il débute d’abord comme danseur puis comme chorégraphe de 1925 à 1929. Le style épuré de Balanchine donne tout de suite le diapason de cette production exceptionnelle avec l’entrée en scène de Mattia Tortora dans le rôle du Roi des Fées, élégant et racé, qui est jaloux d’un jeune page que son épouse la Reine Titania (époustouflante Marianna Suriano, qui alterne délicatesse et tendresse avec une présence royalement imposante et ferme) élève avec grand soin à sa cour alors qu’Obéron voudrait en faire un de ses chevaliers.

Mattia Tortora
Gabriele Consoli

Arrive le jeune et fringant Gabriele Consoli (Puck) qui ravit le public par son interprétation espiègle et vivace du lutin malicieux, qui bondit entre chaque mouvements en donnant sa touche de sarcasme humoristique au conte de fées. Lorsque Puck se trompe dans l’administration du nectar de la “pensée d’amour” (« Son suc, étendu sur des paupières endormies, peut rendre une personne, femme ou homme, amoureuse folle de la première créature vivante qui lui apparaît. ») en confondant Lysandre et Démétrius, respectivement Walter Maimone, sublimement gracieux, et Valerio Maresca, splendidement viril et sensuel. Le quiproquo amoureux explose lorsque surviennent leurs deux amantes, Hermia et Héléna, interprétées par les ravissantes Alessandra Amato et Marta Marigliani.

Marta Marigliani et Walter Maimone
Puck et les nymphes

Nous voici à présent dans le deuxième acte où retentissent les notes désormais célébrissimes de la marche nuptiale de Mendelssohn où le corps de ballet de l’Opéra de Rome accompagne les trois couples qui convolent en justes noces: Thésée, le duc d’Athènes, qui prend les traits ici de Giacomo Castellana, incomparable pour sa grâce naturelle et la volupté fluide de son évolution sur scène, et sa douce Hippolita, la sémillante Federica Azzone, fulgurante et énergique incarnation de Diane Chasseresse, avec les deux jeunes couples finalement rassérénés.

Federica Azzone

Evidemment le moment tant attendu arrive lors du Pas de Deux du Divertissement avec l’Andante (Symphonie pour cordes n°9) où le souffle du spectateur est coupé par l’absolue harmonie du couple Sae Eun Park et de son partenaire Claudio Cocino: l’Etoile de Garnier nous offre son talent avec la générosité et la perfection technique qu’on lui connaît avec ce je-ne-sais-quoi en plus qui fait que même le néophyte le plus candide ne peut faire autrement que s’incliner devant tant de virtuosité. Claudio Cocino n’est pas en reste et laisse l’assistance émerveillée par son absolue maîtrise de l’art chorégraphique et sa complète symbiose avec sa partenaire.

Claudio Cocino et Sae Eun Park

Une mention spéciale pour le jeune et beau Michele Satriano qui pour la première a pris les traits du Maître des menus plaisirs de Titania, élégant et coquin, mais qui reprendra avec l’art et le charme incomparables qu’on lui connaît le rôle de Cocino dans les représentations du 11 et 13 juin prochains. A noter également la participation du Choeur de l’Opéra avec deux solistes aux voix cristallines, Jessica Ricci et Maria Elena Pepi, membres du Projet Fabbricca sous la direction expert du talentueux maestro Ciro Visco. Après le triomphe des applaudissements, la magie du spectacle continue dans une promenade dans la douce torpeur de la nuit romaine avec l’intuition que, peut-être, un jour, serons-nous aussi la cible de Puck et de sa fleur enchantée par la flèche de Cupidon, qui sait?

Giacomo Castellana, Marianna Suriano, Mattia Tortora et Walter Maimone
Michele Satriano

Photo credits: Fabrizio Sansoni pour l’Opéra de Rome

Carlo Vistoli Brille dans Tancredi : Une Soirée Inoubliable à l’Opéra de Rome, 19 mai 2026

19 mai 2026: Première de “Tancredi” de Gioachino Rossini, écrit en 1813 alors qu’il n’avait que 21 ans, et inspiré de la tragédie éponyme de Voltaire qui narre l’histoire du prince normand Tancrède de Hauteville, héros de Syracuse durant l’invasion sarrasine de la Sicile et de ses amours contrariées avec la jeune Amenaide, une adaptation tragique du philosophe de Ferney, bien loin de la geste de Tancrède, roi de Sicile et de son épouse Clorinda. A cette occasion, le Surintendant Francesco Giambrone a confié la mise en scène de cette oeuvre intemporelle à la célèbre Emma Dante, tandis que revient sur le podium, en grande forme, le maestro Michele Mariotti – de la dynastie des fondateurs du Rossini Opera Festival de Pesaro – qui dirige avec brio l’orchestre de l’Opéra de Rome dont il est également le directeur musical.

Michele Mariotti, Directeur Musical de l’Opéra de Rome

Pour la première fois, le rôle-titre sera tenu par le contre-ténor de renommée internationale, le sémillant Carlo Vistoli à la voix prodigieuse et à la technique aussi parfaite que raffinée, alors qu’Amenaide est interprétée par Martina Russomanno, jeune et belle soprano à la voix divine qui a enchanté le public romain pour ses débuts au Théâtre Costanzi. Le reste de la compagnie est à la hauteur des attentes des mélomanes de la Ville Eternelle, avec le baryton Luca Tittoto (Orbazzano), les deux jeunes recrues du Projet Fabbrica,  Ekaterine Buachidze (Isaura) et Maria Elena Pepi (Roggiero). Une mention honorable pour le ténor Antonino Siragusa qui a remplacé au pied levé son collègue Enea Scala qui n’a pu prendre part à cette Première d’exception. Le choeur exclusivement masculin est dirigée avec le panache incomparable du maestro Ciro Visco qui, non seulement a réussi à tirer le meilleur de ses chanteurs dans une partition particulièrement complexe, mais a aussi explicitement démontré la complicité du choeur tout entier avec les exigences artistiques d’Emma Dante, qui a transformé la scène de l’Opéra de Rome en un immense théâtre de marionnettes à la Sicilienne ( les fameux “pupazzi”), où les solistes incarnent les marionettistes qui finissent par prendre vie eux-mêmes dans les personnages dont ils tirent les ficelles.

Ciro Visco, Directeur du Choeur de l’Opéra de Rome

Carmine Maringola a imaginé des décors monumentaux, peints à la main représentant l’Etna et ses contreforts, les rivages de Sicile, l’intérieur imaginaire du Palais Royal et bien d’autres détails qui ont laissé le public bouche bée, un peu à la manière des enfants qui assistent à un spectacle de marionnettes pour la première fois. Les costumes imaginées par Emma Dante et Chicca Ruocco reprennent les armures, les plumes colorées, les tulles et les taffetas moirés de la tradition de la Magna Grecia et les mouvements chorégraphiques des danseurs/mimes coordonnées par Manuela Lo Sicco se succèdent avec magie, passant des tourbillons de derviches byzantins aux gestes saccadés de pantins articulés. Lumières suggestives de Luigi Biondi.

Carlo Vistoli, une fois encore, nous a surpris par les multiples facettes de son talent maintes fois admirées sur les scènes mondiales et son extraordinaire adaptabilité à l’écriture de Rossini et aux exigences compliquées d’un grand metteur en scène au service de ce chef-d’oeuvre de “l’Opera Seria”, sorte de transition stylistique entre le Baroque et le Néo-classicisme que magnifie “Tancredi”. Evidemment était attendu avec impatience le fameux air “Di tanti palpiti” et sans surprise, Vistoli, avec élégance et les accents virtuoses et incomparables de sa voix si spéciale a déchaîné l’enthousiasme de toute la salle en une salve de longs applaudissements intenses, qui se sont renouvelés au second acte lors du non moins fameux “Ah, che scordar non so”. Martina Russomano a, elle aussi, gagné les faveurs du public pour “Come dolce all’alma mia” et “Giusto Dio che umile adoro” mais le sommet de la beauté et de la perfection musicale fut atteint lors des duos avec Vistoli “L’aura che intorno spiri” et surtout au second acte, le magnifique et dramatique “Fiero incontro […] Lasciami, non t’ascolto” avant la mort tragique du héros. Une soirée grandiose, riche en émotions inoubliables avec des interprétations vocales à couper le souffle par leur sensibilités complémentaires et leurs étonnantes résonnances dans un monde contemporain qui, décidément, ne pourra trouver son salut que dans la beauté.

Photo credits: Fabrizio Sansoni pour l’Opéra de Rome

Carlo Vistoli, entouré de la princesse Stefania Pignatelli Gladstone et du prince Sisowath Ravivaddhana Monipong à la réception à l’issue de la Première.

19 maggio 2026: Prima di “Tancredi” di Gioachino Rossini, scritto nel 1813 quando aveva solo 21 anni e ispirato all’omonima tragedia di Voltaire che narra la storia del principe normanno Tancredi d’Hauteville, eroe di Siracusa, durante l’invasione saracena della Sicilia e del suo amore contrastato con la giovane Amenaide, un adattamento tragico del filosofo di Ferney, ben lontano dall’epopea di Tancredi, re di Sicilia, e di sua moglie Clorinda. Per l’occasione, il Sovrintendente Francesco Giambrone ha affidato la regia di quest’opera senza tempo alla celebre Emma Dante, mentre torna sul podio, in grande forma, il maestro Michele Mariotti – della dinastia dei fondatori del Rossini Opera Festival di Pesaro – che dirige con brio l’Orchestra dell’Opera di Roma, di cui è direttore musicale. Per la prima volta, il ruolo principale è affidato al contraltista di fama internazionale, il vivace Carlo Vistoli, dalla voce prodigiosa e dalla tecnica tanto perfetta quanto raffinata, mentre Amenaide è interpretata da Martina Russomanno, giovane e bel soprano dalla voce divina che ha incantato il pubblico romano al suo debutto al Teatro Costanzi. Il resto della compagnia è all’altezza delle aspettative degli amanti della musica della Città Eterna, con il baritono Luca Tittoto (Orbazzano), le due giovani leve del Progetto Fabbrica, Ekaterine Buachidze (Isaura) e Maria Elena Pepi (Roggiero).

Una menzione d’onore va al tenore Antonino Siragusa, che ha sostituito all’ultimo momento il collega Enea Scala, impossibilitato a partecipare a questa prima d’eccezione. Il coro, composto esclusivamente da uomini, è diretto con l’incomparabile brio del maestro Ciro Visco, il quale non solo è riuscito a trarre il meglio dai suoi cantanti in una partitura particolarmente complessa, ma ha anche dimostrato chiaramente la complicità dell’intero complesso alle esigenze artistiche di Emma Dante, che ha trasformato il palcoscenico dell’Opera di Roma in un immenso teatro di marionette alla siciliana (i famosi “pupazzi”), dove i solisti incarnano i burattinai che finiscono per prendere vita essi stessi nei personaggi di cui tirano i fili. Carmine Maringola ha ideato scenografie monumentali, dipinte a mano, che raffigurano l’Etna e le sue pendici, le rive della Sicilia, l’interno immaginario del Palazzo Reale e molti altri dettagli che hanno lasciato il pubblico a bocca aperta, un po’ come i bambini che assistono a uno spettacolo di marionette per la prima volta. I costumi ideati da Emma Dante e Chicca Ruocco riprendono le armature, le piume colorate, i tulle e i taffetà moiré della tradizione della Magna Grecia, mentre i movimenti coreografici dei ballerini/mimi, coordinati da Manuela Lo Sicco, si susseguono con magia, passando dai vortici dei dervisci bizantini ai gesti a scatti dei burattini articolati. Suggestiva illuminazione di Luigi Biondi.

Carlo Vistoli, ancora una volta, ci sorprende con le molteplici sfaccettature del suo talento, più volte ammirate sui palcoscenici mondiali, e con la straordinaria capacità di adattarsi alla scrittura di Rossini e alle complesse esigenze di un grande regista al servizio di questo capolavoro dell’“Opera Seria”, una sorta di transizione stilistica tra il Barocco e il Neoclassicismo che “Tancredi” esalta. Ovviamente era atteso con impazienza la famosa cabaletta “Di tanti palpiti” e Vistoli, senza sorpresa, con eleganza e gli accenti virtuosistici e incomparabili della sua voce così speciale, ha scatenato l’entusiasmo di tutta la sala in una raffica di lunghi e intensi applausi, che si sono ripetuti nel secondo atto durante la non meno famosa “Ah, che scordar non so”. Anche Martina Russomano ha conquistato il pubblico con “Come dolce all’alma mia” e “Giusto Dio che umile adoro”, ma l’apice della bellezza e della perfezione musicale è stato raggiunto nei duetti con Vistoli “L’aura che intorno spiri” e soprattutto nel secondo atto, il magnifico e drammatico “Fiero incontro […] Lasciami, non t’ascolto” prima della tragica morte dell’eroe. Una serata grandiosa, ricca di emozioni indimenticabili con interpretazioni vocali mozzafiato per la loro sensibilità complementare e le loro sorprendenti risonanze in un mondo contemporaneo che, decisamente, potrà trovare la sua salvezza solo nella bellezza.

“Don Giovanni” de Mozart a Phnom Penh: la passion lyrique du prince Sisowath Ravivaddhana Monipong

Avec le prince Sisowath Ravivaddhana Monipong, Intermezzo a Phnom Penh.

Passionné d’opéra, cet italien d’adoption descend des deux grandes dynasties qui ont fait le royaume: il a lancé le tout premier festival d’art lyrique du pays, qui soutenait cette année les Cambodgiens victimes des conflits avec la Thailande voisine.

Ce jour-là, il parle d’une voix calme et distinguée, attentif aux lumières qui éclairent la scène du Théâtre Naba de Phnom Penh. D’ici peu, une centaine d’artistes venus du monde entiers le rejoindront pour la première répétition de Don Giovanni, qui se jouera à pendant deux dates, les 12 et 14 décembre. Le prince Sisowath Ravivaddhana imagine déjà le chef Jun Iisaka diriger les musiciens auxquels se joindront les talents de l’Orchestre des Jeunes d’Angkor. Il voit d’ici les étudiants en art et spectacle de l’Association Phare Ponleu Selpak donner vie au livret de Lorenzo da Ponte auprès du baryton Ciro Giordano Orsini, du ténor Enrico Terrone Guerra ou encore des sopranos Ai Iwasaki et Yasko Fujii, interprètes du prestigieux « opéra des opéras » composé par Mozart. « Don Giovanni est une œuvre qui compte beaucoup pour moi, précise le prince. C’est même celle qui m’a fait aimer l’art lyrique ».

La confidence nous ramène aux années 1990, durant lesquelles Ravivaddhana est étudiant en hypokhâgne, en région parisienne. Un soir, grâce à son professeur d’histoire, il assiste avec ses camarades de promotion à une représentation de ce chef-d’oeuvre absolu au théâtre national de l’opéra-comique. « La mise en scène était moderne, même osée pour l’époque. Mais la musique de Mozart m’a ensorcelé. J’en garde un souvenir de volupté intense. »

A cette époque, le fils du prince Sisowath Samyl Monipong – petit-fils du roi Sisowath Monivong, qui régna entre 1927 et 1941, et cousin germain du roi Norodom Sihanouk -, n’a qu’une ambition : voyager. S’il a grandi avec sa soeur cadette la princesse Ubbolvaddey, entre Paris et Ribeauvillé, «joli village sur la Route du vin, en Alsace», ses parents lui ont transmis à travers les saveurs et les musiques du quotidien leur amour du Cambodge, qu’ils ont quitté en 1971, alors qu’il n’avait pas un an. «Maman, la princesse Norodom Daravadey, trompait son mal du pays en nous racontant des anecdotes de la cour au temps des rois Sisowath, Monivong et Sihanouk. Papa partageait quant à lui ses souvenirs de l’Armée de l’Air cambodgienne pour laquelle il avait été pilote de chasse». Le jeune Ravivaddhana sait dès lors que «la vie entière n’a de sens que si le Cambodge en fait partie intégrante. Notre famille est destinée à servir nos concitoyens avec dévouement et respect. Quel que soit le métier que j’allais choisir la mère-patrie allait s’imposer comme une évidence dans mon parcours».

Installé en Italie après avoir débuté sa carrière professionnelle au développement commercial de grandes multinationales, Ravivaddhana devient très vite consultant pour les Nations Unies. En 2000, trois ans après avoir posé ses valises à Rome, une mission du Programme Alimentaire Mondial lui permet de renouer avec ses origines. « A Phnom Penh, le bureau du PAM se trouvait sur l’avenue où mes parents ont habité jusqu’à ma naissance. Leur magnifique maison en teck avait été démantelée après l’invasion vietnamienne de janvier 1979 pour servir de bois de chauffe ». Les retrouvailles avec sa cousine la princesse Rattana Devi, petite-fille du roi Sihanouk, ou encore avec la princesse Sisowath Pongneary, sœur du prince Samyl que tous surnomment affectueusement Lolotte, permettent cependant à Ravivaddhana de trouver peu à peu sa place dans ce décor.  En 2016, son cousin le roi Sihamoni le nomme ambassadeur du royaume avec rang de sous-secrétaire d’État. Il travaille dès lors à la promotion des échanges culturels entre l’Italie et le Cambodge. Collaborateur régulier de l’Opera International Magazine, Ravivaddhana a fini par quitter Rome pour sa province, « à Monterotondo. La vie y est plus tranquille et propice à la méditation ». Ses projets tournent désormais exclusivement autour de l’art lyrique. 

« Ma vocation théâtrale est née grâce au marquis Vincenzo Grisostomi Travaglini,  musicologue que j’ai rencontré voici plus de quinze ans chez notre amie commune, feue la princesse Ira von Fürstenberg. Franco Zeffirelli avait été son mentor. Et j’ai commencé à l’assister dans la mise en scène de Tosca, de Puccini, pour l’Opéra d’Ankara, en 2010. » Le duo ambitionne de faire connaître l’opéra à l’italienne à l’étranger, notamment en Asie du Sud-Est. La Bohème, de Puccini, Lucia di Lammermoor, de Donizetti, et bien d’autres projets, aiguisant son sens de la narration musicale permettent à Ravivaddhana de monter plusieurs spectacles à Phnom Penh. Cavalleria Rusticana, Pagliacci, les créations se succèdent. Jusqu’à Madama Butterfly, « qui se joue il y a deux ans à guichet fermé. Pour ce spectacle, nous avons notamment fait appel à la styliste phnompenhoise Romyda Keth qui a su imaginer des costumes exceptionnels, essentiels au succès de l’opéra ».

Cette année, le prince a choisi s’attaquer à ce monument que représente pour lui Don Giovanni afin d’inaugurer le Festival international d’Opéra de Phnom Penh, créé avec l’équipe des débuts dans le but de démocratiser l’art lyrique au Cambodge. Et pour accompagner le 20è sommet de la Francophonie, qui sera accueilli l’an prochain par la capitale khmère, le Festival a d’ores et déjà programmé La Bohème, de Puccini, dont l’action se déroule au coeur du Paris romantique. En voyant arriver les premiers artistes sur la scène du Naba, Ravivaddhana sourit d’aise et se dirige vers eux pour les accueillir. D’ici peu, quelques accords de violons et autres vocalises s’élanceront dans l’air, trahissant parfois une impatience partagée, celle d’offrir à Phnom Penh un peu de magie.

Fanny Del Volta. 31 décembre 2025

Le marquis Vincenzo Grisostomi Travaglini et le prince Sisowath Ravivaddhana Monipong, 14 décembre 2025

Photo credits: Jérémie Montessuis et Victor Boissel

L’Envoûtante Interprétation de Roméo et Juliette par Vittorio Grigolo

Le Surintendant de l’Opéra de Rome, Francesco Giambrone nous a encore une fois littéralement enchantés en accueillant pour la première fois sur la scène du Costanzi un des plus grands chef-d’oeuvre de l’art lyrique “à la Française”: “Roméo et Juliette” de Charles Gounod. Sous la baguette du célèbre maestro Daniel Oren, le public romain a découvert la merveilleuse adaptation de l’histoire intemporelle des amants de Vérone, remaniée en 1867 avec une subtile précision par les deux librettistes de “Faust”, Jules Barbier et Michel Carré, qui ont mis en valeur les sentiments purs et intenses des deux protaganistes, reléguant sur un plan secondaire les autres personnages de la pièce de William Shakespeare. La passion de Gounod pour “Roméo et Juliette” remonte à ses jeunes années, quand il assista à l’âge de 21 ans aux répétitions de la symphonie dramatique éponyme de Hector Berlioz. Deux ans plus tard, alors qu’il goûte le succès de son Prix de Rome à la Villa Médicis, il commence à travailler sur le livret de Vincenzo Bellini de “I Capuleti e i Montecchi”. C’est la traduction de François-Victor Hugo, un des fils du grand Victor Hugo que choisissent Barbier et Carré pour extraire une douzaine de scènes significatives avec l’accord de Gounod qui écrira une grande part de son opéra au bord de la Méditerranée à Saint-Raphaël où il retrouve la juste inspiration pour se plonger dans la passion toute italienne d’un Roméo tourmenté et amoureux. A noter que le fameux ”Je veux vivre” de Juliette fut ajouté quelques semaines seulement avant la Première, probablement pour satisfaire le caprice de Caroline Miolan-Carvalho, fameuse soprano colorature … et surtout épouse du baryton Léon Carvalho, directeur du Théâtre-Lyrique (Théâtre du Chatelet) depuis 1856. C’est aussi Carvalho qui demanda l’ajout du cortège nuptiale au quatrième acte pour une question selon lui “d’effet dramatique”. Le succès fut immédiat et retentissant …et ne fut jamais démenti. L’opéra fut repris maintes fois, notamment à l’Opéra-Comique en 1873 avec des modifications apportées par Georges Bizet et la version finale, avec ballet, en 1888 par Gounod lui-même au Palais Garnier. A chaque fois, le public est au rendez-vous et plébiscite chaque nouvelle version avec chaleur et enthousiasme.

Roméo et Juliette – Nino Machaidze (Juliette)_ph Fabrizio Sansoni-Teatro dell’Opera di Roma

Presque 159 ans jour pour jour après sa création à Paris le 27 avril 1867, l’Opéra de Rome nous offre Sa Première de “Roméo et Juliette” le 28 avril 2026. Là encore, c’est un défi réussi avec une orchestration à l’italienne du maestro Oren qui choisit de donner une intensité lyrique plus ample encore avec une alternance de ralentissements gracieux et de fougueuses accélérations au gré de l’intrigue qui se déroule avec souplesse et délicatesse dans une mise en scène en noir et blanc de Luca De Fusco où seuls Roméo et Juliette ont droit à des costumes colorés, créés par Marta Criosolini Malatesta, auteure également des décors. Lumières de Gigi Saccomandi et projections vidéo de Alessandro Papa. Chorégraphe Alessandra Panzavolta. Le choeur de l’Opéra de Rome nous surprend avec plaisir par son adaptabilité au lyrisme français sous la direction appliquée et méthodique  du maestro Ciro Visco.  

Roméo et Juliette – Vittorio Grigolo (Roméo), Nino Machaidze(Juliette)_ph Fabrizio Sansoni-Teatro dell’Opera di Roma

Sans surprise, le Diamant incontesté de cette version romaine est le sémillant ténor Vittorio Grigolo. Dans un Français impeccable, qu’il doit à ses années d’enfance et de jeunesse passées à l’Institut Saint Dominique de Rome et grâce à sa présence scénique, magnétique et envoûtante, il nous entraîne à sa suite dans une interprétation tumultueuse d’un Roméo en proie aux élans impétueux de la fleur de sa jeunesse et quand il entonne “Ah, lève-toi Soleil”, chaque spectateur présent a ressenti la chaleur de l’astre céleste remplir de son aura la salle toute entière. Grigolo nous a régalés avec son Roméo fragile dans son innocence et jusqu’à la fin tragique, il a su nous émouvoir sans faillir un seul instant. Nino Machaidze dans le rôle de Juliette a donné le meilleur de son art après l’entracte mais son “Je veux vivre” a rendu avec modération et un peu trop de retenue la fraîcheur de l’âme et la virtuosité requise pour cette valse qui reste un des airs les plus attendus du grand public. A noter une prestation remarquable du mezzo-soprano Aya Wakizono, qui a personnalisé avec un charme tout oriental la romance de Stéphano “Que fais-tu, blanche touterelle” où son ardente expressivité et son indolente nonchalance ont incontestablement conquis le public. Encore une soirée d’exception en hommage au génie de Charles Gounod qui a tant aimé Rome!

Avec le Ténor Vittorio Grigolo à l’issue de la Première de “Roméo et Juliette” de Chales Gounod, Rome le 28 avril 2026
Avec le Surintendant Francesco Giambrone à la Première de “Roméo et Juliette” de Chales Gounod, Rome le 28 avril 2026
Avec le marquis Vincenzo Grisostomi Travaglini à la Première de “Roméo et Juliette” de Chales Gounod, Rome le 28 avril 2026
“Tanti Vip per Romeo e Giulietta” un articolo di Lucilla Quaglia ne “Il Messaggero” del 29 aprile 2026

Danse et musique : La magie d’Angelin Preljocaj à l’Opéra de Rome

Le 14 avril 2026 a eu lieu au Teatro Nazionale de l’Opéra de Rome la première d’un spectacle original dédié complètement au chorégraphe Angelin Preljocaj,judicieusement rappelé par la directrice de la danse et étoile de l’Opéra de Paris, Eleonora Abbagnato pour accompagner le corps de ballet romain dans une nouvelle aventure. “Annonciation”, “La Stravaganza” et “Noces”, sont les trois pièces magistrales qui sont proposées au cours de cette soirée d’exception, où les compositions d’Antonio Vivaldi et d’Igor Stravinskij côtoient celles de Stéphane Roy, Robert Normandeau ou encore Evelyn Ficarra et Åke Parmerud. La solide amitié de plusieurs décennies qui lie Preljocaj à Eleonora Abbagnato se reflète également dans l’harmonie de leur collaboration artistique, motivant les danseurs de l’Opéra de Rome à se dépasser encore davantage dans une recherche esthétique sophistiquée et sobre à la fois, toujours unique car signée Preljocaj !

Serata Preljocaj – Annonciation 1° cast, L’Archange (Annalisa Cianci), Marie (Marta Marigiliani)_ ph Fabrizio Sansoni – Opera di Roma

“Annonciation” est confiée ce soir-là à la soliste Marta Marigliani dans le rôle de la jeune Vierge Marie et Annalisa Cianci dans celui de l’Archange Gabriel, qui dans ce cas deviendra Gabrielle avec deux “l”! L’osmose cathartique entre les deux danseuses est palpable tout au long de la pièce, chacune à sa manière. Marigliani propose une interprétation d’une Marie juvénile, en proie aux doutes de ce destin singulier qui la mènera à devenir la mère terrestre du Verbe Incarné. Cianci est plus technique dans son expression dansée, avec un respect scrupuleux de la succession de mouvements élégants et autoritaires dont la beauté et la grâce ne sont pas sans rappeler les attitudes des sujets des grands peintres et sculpteurs de la Renaissance italienne. Les deux jeunes femmes se retrouvent dans une subtile complicité, toute féminine qui réhausse la douceur et la fragilité de la pureté virginale de Marie.

Serata Preljocaj – La Stravaganza (Susanna Salvi e Michele Satriano)_ph Fabrizio Sansoni – Opera di Roma

“La Stravaganza” nous arrive après un bref changement de scène dans un tourbillon intense de sensualité lascive de corps enchevêtrés dans une sarabande humaine, jouissive et chaste à la fois. Puis les figures du sublime “Pas de deux” avec le toujours merveilleux Michele Satriano qui embrase la scène de sa virilité extatique et sa passion contagieuse, alors que sa compagne, l’étoile Susanna Salvi nous régale une fois de plus de la perfection de son art dans une spirale ascendante de virtuosité. Mention spéciale pour Gabriele Consoli, Giacomo Castellana, Claudio Cocino et Walter Maimone qui tirent leur épingle du jeu grâce à une technique parfaite et une maîtrise irréprochable du rythme et de la chorégraphie.

Serata Preljocaj – Noces_ph Fabrizio Sansoni – Opera di Roma

Pour finir, le rideau s’ouvre pour la troisième fois sur “Noces” où cinq couples de danseurs et danseuses nous font vivre au son de la composition célèbre d’Igor Stravinskij les vicissitudes de la conjugalité et des aléas de la vie de couple, non sans humour. On retrouve chez les dames avec grand plaisir Marta Marigliani et Annalisa Cianci mais également la fabuleuse Virginia Giovanetti qui offre au public un mélange rare de fragilité feinte et de contrôle parfait de ses capacités de danser dans l’esprit Preljocaj. “Last but not least”, qu’il nous soit permis de rendre hommage ici à la performance incroyable du jeune Valerio Marisca, qui alterne avec brio et une célérité toute calculée, charme, force et désinvolture apparente tout en rendant avec dextérité la complexité de cette succession sublimement rapide et osée de gestes et mouvements du corps, des bras et de la tête, qui mérite d’être saluée ici avec respect et espoir pour un futur brillant de grand danseur.  

Valerio Marisca et Virginia Giovanetti
Prince Sisowath Ravivaddhana Monipong et Valerio Marisca
Autour de l’immense Angelin Preljocaj, le maire-adjoint de Rome, Silvia Scozzese et sa fille Sarah, le prince Sisowath Ravivaddhana Monipong et le marquis Vincenzo Grisostomi Travaglini
“Se la danza scopre l’elettronica” un articolo di Lucilla Quaglia ne “Il Messaggero” della domenica 19 aprile 2026

L’Art de la Danse: Neumeier, Godani, et Millepied à l’Opéra de Rome

17 mars 2026: l’Opéra de Rome célèbre l’Unité italienne avec le corps de ballet et ses premiers danseurs qui ont offert au public de la Ville Eternelle un magnifique spectacle, empli de poésie et de sensualité dans ce Triptyque imaginé par la directrice de la danse, Eleonora Abbagnato, qui après avoir enchanté Paris pendant de nombreuses années, est revenue dans la capitale italienne, à la tête de la prestigieuse institution. John Neumeier, Jacopo Godani et Benjamin Millepied ont naturellement donné leurs patronymes à cette soirée de grande classe avec leurs créations chorégraphiques contemporaines qui ont trouvé une place de choix dans le coeur des spectateurs.

Spring & Fall by John Neumeier

Le rideau s’ouvre sur “Spring and Fall”, Printemps et Automne de Neumeier, sur une musique de Antonín Dvořăk, une chorégraphie inspirée d’un poème du Jésuite Gerard Maley Hopkins qui s’adresse à un enfant pour lui expliquer en quelques vers choisis le parcours de la vie, passant du réveil des sens à l’endormissement progressif conduisant au trépas, issue heureuse d’une existence accomplie.

Susanna Salvi & Gabriele Consoli

Une poésie que Neumeier décide de mettre en pas de danse en 1991 à Hambourg sur les notes les plus célèbres de Dvořăk interprétées avec grâce et volupté par la danseuse étoile, Susanna Salvi qui nous emporte dans un tourbillon étourdissant de pirouettes et volutes diaphanes, rehaussé par la prestation excellente du Premier Danseur Michele Satriano, viril et délicat tout en nuances, de Giacomo Castellana, intense dans son expressivité sensuelle ainsi que la fougue de la jeunesse enflammée de Gabriele Consoli.

Giacomo Castellana

La cohésion sans faille des meilleurs éléments du corps de ballet de l’Opéra de Rome, qui ondulent gracieusement en alternant force énergique et tranquillité dans une symbiose parfaite entre classicisme et recherche de la perfection harmonieuse des mouvements, caractéristiques majeures de John Neumeier, qui à 87 ans reste et demeure une référence absolue de la créativité chorégraphique contemporaine.  

Michele Satriano

Le deuxième moment de ce Tryptique retentit d’une force incroyable pour plusieurs raisons: Jacopo Godani, après une époustouflante carrière internationale, a complété à Rome son travail intitulé “Echoes from a resless soul” – Echos de la part d’une âme agitée – en y ajoutant pour la première fois, Scarbo, la troisième et dernière partie du poème mystique de Maurice Ravel “Gaspard de la nuit”, la célèbre composition inspirée des poèmes d’Aloysius Bertrand. Un peu comme James Whistler a mis les nocturnes de Chopin en peinture, Ravel a composé son Gaspard de la nuit en suivant les méandres tortueuses des récits mystiques et mélancoliques que sont Ondine, le Gibet et Scarbo.

Echoes from a restless soul by Jacopo Godani

L’obscurité de la nuit proposée par le célèbre père du Boléro est traduite ici par une quête complexe de la pluralité de la lumière comme antithèse à l’obscurité à travers des pas de danse exprimés avec un grand sens du mystère et de l’interprétation symbolique. Ondine prend ici les visages de deux “Apsara” occidentales, Federica Maine et Virginia Giovanetti qui personnifient sublimement la séduction de nymphes aquatiques envers deux splendides êtres humains qui succombent sans résistance: Michele Satriano, toujours aussi magnifiquement expressif et esthétiquement accompli, et Jacopo Giarda dont la puissance animale exhale son authenticité à travers des arabesques finissant toujours avec une tendresse infinie.

Virginia Giovanetti & Jacopo Giarda

A noter la beauté et la synchronisation des harmonies d’ensemble qui donnent corps à la musique provenant des mains magiques de Massimo Spada au piano. L’apothéose qui culmine dans Scarbo après la montée graduelle des impressions du soleil couchant du Gibet est rendue avec brio dans l’adéquation parfaitement équilibrée entre la musique, la danse et la lumière.

Michele Satriano & Federica Maine

Troisième temps de ce Tryptique, “I feel the earth move”, une chorégraphie sensible et exaltée de Benjamin Millepied, qui nous propose un instant de vitalité en mouvement, de sublimation de la femme qui représente ici le moteur du bonheur de la vie. La musique de Philip Glass est un prétexte à un kaléidoscope de mouvements chamarrés qui nous entraîne à sa suite dans une spirale ascendante pour affirmer la positivité de la danse après la poésie lumineuse de Dvořăk et l’obscurité mystique de Ravel. Une mention spéciale pour Giacomo Castellana (encore une fois!) et Beatrice Foddi qui ont donné une puissance expressive exceptionnelle à leur couple artistique.

Giacomo Castellana & Beatrice Foddi

Après une “Bayadère” enchanteresse en février, le Surintendant Francesco Giambrone a de nouveau fait mouche: confirmer l’Opéra de Rome en tant que temple sacré de la beauté absolue des arts de la scène.

Photo credits: Fabrizio Sansoni pour l’Opéra de Rome

Dottore Cosimo Manicone, Principe Sisowath Ravivaddhana Monipong & Marchese Vincenzo Grisostomi Travaglini

Marie Perbost : Étoile du Concert Baroque à l’Opéra de Rome, 5 mars 2026

Marie Perbost (photo credits: Fabrizio Sansoni pour l’Opéra de Rome)

Depuis l’arrivée à la direction de l’Opéra de Rome du Surintendant Francesco Giambrone en 2021, le programme de la fondation lyrique s’est considérablement enrichie avec audace et succès. Le 5 mars dernier, le public romain fut de nouveau gâté avec un concert exceptionnel de musique baroque intitulé “A la cour des rois de France: Musique pour Versailles” sous la direction du flamboyant Emmanuel Resche-Caserta, le fameux premier violon des Arts Florissants de William Christie qui, après nous avoir régalés en 2023 avec la première exécution moderne de l’oratorio de Francesco Gasparini, “Atalia” dans le cadre féérique du Cloître de la Trinité des Monts à Rome est revenu nous enchanter avec l’Orchestre National Baroque, composé de jeunes talents en herbe de toute l’Italie, sous la houlette du Conservatoire Alessandro Scarlatti de Palerme depuis plus de dix ans, avec le soutien constant du ministère des Universités et de la Recherche. La formation musicale est en outre complétée par la participation ponctuelle de musiciens renommés, comme la talentueuse violoncelliste Claire Lamquet, fondatrice de l’Ensemble Hemiolia, particulièrement remarquée à cette occasion pour ses qualités interprétatives et sa maîtrise impeccable de son difficile instrument ou Valentino Zucchiatti, premier bassoniste du prestigieux orchestre de la Scala de Milan, élégant et raffiné comme le répertoire l’exige précisément dans ce contexte particulier. A noter la présence de nombreux jeunes musiciens non seulement français et italiens, mais également espagnols, danois, chinois et britannique.

Emmanuel Resche-Caserta (photo credis Fabrizio Sansoni pour l'Opéra de Rome)
Emmanuel Resche-Caserta (photo credits: Fabrizio Sansoni pour l’Opéra de Rome)

Pour notre plus grand plaisir, Emmanuel Resche-Caserta avait composé un programme reflétant les diverses facettes de la musique du Grand Siècle et du Siècle des Lumières, avec des morceaux choisis des plus grands compositeurs des règnes de Louis XIV et Louis XV que sont Marc-Antoine Charpentier avec le prélude de son célébrissime Te Deum, une passacaille de Marin Marais, une suite charmante tirée du “Bourgeois Gentilhomme” de Jean-Baptiste Lully avant de mettre en lumière l’immense talent de Jean-Philippe Rameau, décidément un des musiciens favoris de notre chef d’orchestre, étant donné la place privilégiée qui lui est accordée avec les Indes Galantes, Castor et Pollux et les Boréades. Une exécution raffinée et allègre, avec douceur et gravité selon les moment mais également fougue et passion, comme l’exige l’esprit baroque le plus authentique.

Valentino Zucchiati (photo credits: Fabrizio Sansoni pour l’Opéra de Rome)

Le “Diamant” de cette soirée artistique de haut vol fut la participation grandiose de la jeune et jolie cantatrice française Marie Perbost, dont la voix suave et sensuelle n’eut d’égale que ses qualités d’actrice, l’expressivité de son visage angélique qui passa du sourire le plus enjôleur à la langueur compassée d’un amour qui se souvient avec nostalgie des jours heureux. En particulier, son interprétation pétillante de l’Air de la Folie, tiré de Platée de Jean-Philippe Rameau, a séduit d’emblée le public romain grâce aux nuances infinies de la tessiture de sa voix parfaite qui allie avec noblesse les passages les plus enthousiastes (et difficiles par la virtuosité requise) avec la douceur diaphane de ces rossignols amoureux qui ne finissent pas de ravir nos coeurs dans leur royaume silvestre, de la tragédie lyrique “Hyppolite et Aricie” du même Rameau. Au son des applaudissements triomphaux qui ont résonné dans la salle dorée du Théâtre Costanzi, le succès de la soirée est indéniable et gageons que l’Opéra de Rome continuera de valoriser cette époque tant appréciée du répertoire en multipliant les rendez-vous baroques dans un avenir proche, toujours sous l’impulsion artistique conjointe de la Sicile et de la France.

(photo credits: Fabrizio Sansoni pour l’Opéra de Rome)
Surintendant Francesco Giambrone et le prince Sisowath Ravivaddhana Monipong ((photo credits: Fabrizio Sansoni pour l’Opéra de Rome)