“Don Giovanni” de Mozart a Phnom Penh: la passion lyrique du prince Sisowath Ravivaddhana Monipong

Avec le prince Sisowath Ravivaddhana Monipong, Intermezzo a Phnom Penh.

Passionné d’opéra, cet italien d’adoption descend des deux grandes dynasties qui ont fait le royaume: il a lancé le tout premier festival d’art lyrique du pays, qui soutenait cette année les Cambodgiens victimes des conflits avec la Thailande voisine.

Ce jour-là, il parle d’une voix calme et distinguée, attentif aux lumières qui éclairent la scène du Théâtre Naba de Phnom Penh. D’ici peu, une centaine d’artistes venus du monde entiers le rejoindront pour la première répétition de Don Giovanni, qui se jouera à pendant deux dates, les 12 et 14 décembre. Le prince Sisowath Ravivaddhana imagine déjà le chef Jun Iisaka diriger les musiciens auxquels se joindront les talents de l’Orchestre des Jeunes d’Angkor. Il voit d’ici les étudiants en art et spectacle de l’Association Phare Ponleu Selpak donner vie au livret de Lorenzo da Ponte auprès du baryton Ciro Giordano Orsini, du ténor Enrico Terrone Guerra ou encore des sopranos Ai Iwasaki et Yasko Fujii, interprètes du prestigieux « opéra des opéras » composé par Mozart. « Don Giovanni est une œuvre qui compte beaucoup pour moi, précise le prince. C’est même celle qui m’a fait aimer l’art lyrique ».

La confidence nous ramène aux années 1990, durant lesquelles Ravivaddhana est étudiant en hypokhâgne, en région parisienne. Un soir, grâce à son professeur d’histoire, il assiste avec ses camarades de promotion à une représentation de ce chef-d’oeuvre absolu au théâtre national de l’opéra-comique. « La mise en scène était moderne, même osée pour l’époque. Mais la musique de Mozart m’a ensorcelé. J’en garde un souvenir de volupté intense. »

A cette époque, le fils du prince Sisowath Samyl Monipong – petit-fils du roi Sisowath Monivong, qui régna entre 1927 et 1941, et cousin germain du roi Norodom Sihanouk -, n’a qu’une ambition : voyager. S’il a grandi avec sa soeur cadette la princesse Ubbolvaddey, entre Paris et Ribeauvillé, «joli village sur la Route du vin, en Alsace», ses parents lui ont transmis à travers les saveurs et les musiques du quotidien leur amour du Cambodge, qu’ils ont quitté en 1971, alors qu’il n’avait pas un an. «Maman, la princesse Norodom Daravadey, trompait son mal du pays en nous racontant des anecdotes de la cour au temps des rois Sisowath, Monivong et Sihanouk. Papa partageait quant à lui ses souvenirs de l’Armée de l’Air cambodgienne pour laquelle il avait été pilote de chasse». Le jeune Ravivaddhana sait dès lors que «la vie entière n’a de sens que si le Cambodge en fait partie intégrante. Notre famille est destinée à servir nos concitoyens avec dévouement et respect. Quel que soit le métier que j’allais choisir la mère-patrie allait s’imposer comme une évidence dans mon parcours».

Installé en Italie après avoir débuté sa carrière professionnelle au développement commercial de grandes multinationales, Ravivaddhana devient très vite consultant pour les Nations Unies. En 2000, trois ans après avoir posé ses valises à Rome, une mission du Programme Alimentaire Mondial lui permet de renouer avec ses origines. « A Phnom Penh, le bureau du PAM se trouvait sur l’avenue où mes parents ont habité jusqu’à ma naissance. Leur magnifique maison en teck avait été démantelée après l’invasion vietnamienne de janvier 1979 pour servir de bois de chauffe ». Les retrouvailles avec sa cousine la princesse Rattana Devi, petite-fille du roi Sihanouk, ou encore avec la princesse Sisowath Pongneary, sœur du prince Samyl que tous surnomment affectueusement Lolotte, permettent cependant à Ravivaddhana de trouver peu à peu sa place dans ce décor.  En 2016, son cousin le roi Sihamoni le nomme ambassadeur du royaume avec rang de sous-secrétaire d’État. Il travaille dès lors à la promotion des échanges culturels entre l’Italie et le Cambodge. Collaborateur régulier de l’Opera International Magazine, Ravivaddhana a fini par quitter Rome pour sa province, « à Monterotondo. La vie y est plus tranquille et propice à la méditation ». Ses projets tournent désormais exclusivement autour de l’art lyrique. 

« Ma vocation théâtrale est née grâce au marquis Vincenzo Grisostomi Travaglini,  musicologue que j’ai rencontré voici plus de quinze ans chez notre amie commune, feue la princesse Ira von Fürstenberg. Franco Zeffirelli avait été son mentor. Et j’ai commencé à l’assister dans la mise en scène de Tosca, de Puccini, pour l’Opéra d’Ankara, en 2010. » Le duo ambitionne de faire connaître l’opéra à l’italienne à l’étranger, notamment en Asie du Sud-Est. La Bohème, de Puccini, Lucia di Lammermoor, de Donizetti, et bien d’autres projets, aiguisant son sens de la narration musicale permettent à Ravivaddhana de monter plusieurs spectacles à Phnom Penh. Cavalleria Rusticana, Pagliacci, les créations se succèdent. Jusqu’à Madama Butterfly, « qui se joue il y a deux ans à guichet fermé. Pour ce spectacle, nous avons notamment fait appel à la styliste phnompenhoise Romyda Keth qui a su imaginer des costumes exceptionnels, essentiels au succès de l’opéra ».

Cette année, le prince a choisi s’attaquer à ce monument que représente pour lui Don Giovanni afin d’inaugurer le Festival international d’Opéra de Phnom Penh, créé avec l’équipe des débuts dans le but de démocratiser l’art lyrique au Cambodge. Et pour accompagner le 20è sommet de la Francophonie, qui sera accueilli l’an prochain par la capitale khmère, le Festival a d’ores et déjà programmé La Bohème, de Puccini, dont l’action se déroule au coeur du Paris romantique. En voyant arriver les premiers artistes sur la scène du Naba, Ravivaddhana sourit d’aise et se dirige vers eux pour les accueillir. D’ici peu, quelques accords de violons et autres vocalises s’élanceront dans l’air, trahissant parfois une impatience partagée, celle d’offrir à Phnom Penh un peu de magie.

Fanny Del Volta. 31 décembre 2025

Le marquis Vincenzo Grisostomi Travaglini et le prince Sisowath Ravivaddhana Monipong, 14 décembre 2025

Photo credits: Jérémie Montessuis et Victor Boissel

“Il dissoluto non punito”, un’articolo del Maestro Vincenzo Grisostomi Travaglini, pubblicato in “L’Opera International Magazine”, Novembre 2019

Tra tutte le opere di Mozart Don Giovanni è la più sfuggente, al di là di qualsiasi intreccio, sia pure abilmente strutturato da Lorenzo Da Ponte, di trama e d’indefinito.

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Con la nuova produzione del Don Giovanni al Teatro dell’Opera, Graham Vick conclude la proposta romana del trittico Mozart/Da Ponte. Nella sua maturità artistica l’abile manipolatore appare sempre più voler ricondurre il proprio lavoro di regista a concetti personalistici, non sempre pertinenti o improntati al buon gusto. Il suo mestiere di apprezzato uomo di teatro è fuori discussione, ogni scena è di per sé teatralmente ineccepibile, così i rapporti tra i diversi personaggi e nello sviluppo delle situazioni, eppure nell’arco dell’esecuzione: arie, duetti, terzetti, sestetto, ecc.  e gli eloquenti recitativi scivolano via senza raccontarci una storia, senza trasmetterci emozioni. L’unica certezza è la mano sicura del regista a cui, però, sembra non interessare più di tanto il risolvere gli enigmi del dramma per eccellenza, sia giocoso  come indicato nel genere (opera buffa così come la chiama Mozart nel suo catalogo) o tragico nella possanza, bensì Vick si concentra nello sviluppare le sue tesi o idee di eccentricità per lo più gratuita, come nei due finali, anche a costo di rovinare tutte quelle positività che, altrimenti, questa produzione presenterebbe. Spesso invaghito da semplici  citazioni quali l’introduttivo “piova o vento sopportar” di Leporello e piove da un catino, dalla frase di donna Elvira “Io men vado in un ritiro”, così che si presenta suora sin dal suo esordio, ma la considerazione di Elvira è conclusiva e all’inizio è priva di significato, ancora Leporello per l’invito alle “vezzose mascherette!” nel Finale primo dove il registicamente bistrattato Don Ottavio, in mutandoni, pigiama e vestaglia, si camuffa (“maschera”) con il velo monacale di Donna Elvira… forse … ma è quanto lo spettatore evince ! La biancheria intima è protagonista in diverse scene, certamente le allusioni di carattere sessuale nel Don Giovanni non mancano, così che il protagonista del titolo appare prestante con le sole mutande dopo aver concupito Donna Anna, o forse senza averla soddisfatta, giustificandone le lagnanze che fanno accorrere un Commendatore infermo, che si sostiene con un deambulatore , bastonato e infine soffocato dal perfido “dissoluto”. Vick durante l’Ouverture gioca con le parole e così come nel titolo originale imprime su una gigantesca nuvoletta: “Il dissoluto punito” e in una seconda nuvoletta più in basso: “ossia il Don Giovanni”, ovvero invertendo il titolo rispetto all’edizione a stampa; poi al termine dell’opera, sempre su nuvolette, si legge solamente: “punito – Don Giovanni” ed è questo il solo gioco (a parole) degli equivoci, altrimenti ben marcato nel libretto e nella musica. Nessun equivoco nel compiacimento di scena di stupro-mimico musicale del Finale primo con gli ospiti-prigionieri compiacenti nella “sala illuminata e preparata per una gran festa”, con palese masturbazione, violenza, giochi saffici e di tutto un poco; una forzatura che si poteva evitare perché se nella sua esasperazione fa più sorridere che scandalizzare, giustifica l’indignazione di una nutrita parte del pubblico le cui vivaci turbolenze ci giungono dalle cronache della prima recita, attenuate, ma non sopite, nella replica. La scena firmata da Samal Blak è ad impianto unico, con un alberello rinsecchito da un lato, eppure l’impianto nella sua essenziale linearità ha la sua eleganza. Così i costumi di Anna Bonomelli, tutto è riportato al contemporaneo, con generosità di biancheria intima, stracci e abito monacale, ma anche tagli disinvolti e moderni (l’ambiente ben realizzati, in un impasto monocromo di  raffinata realizzazione. Le luci (ed ombre) di Giuseppe Di Iorio sono scarne, avvolte violente, in un disegno ben definito. Don Giovanni e il servo Leporello si vogliono interscambiabili, così come accade spesso in palcoscenico e in locandina, eppure il loro riflettere una stessa immagine dovrebbe essere marcato anche vocalmente e stilisticamente e non solo equivalersi, come nello scambio di persona così tipicamente all’italiana all’inizio del secondo atto, solo perché hanno la stessa taglia di pantaloni. Così si dissolve il superamento dei generi di cui il Don Giovanni mozartiano è esempio mirabile. Il Don Giovanni di Alessio Arduini è visivamente attraente, registicamente convincente, ma nel “Fin ch’han dal vino“, appollaiato su di un ramo striminzito dell’alberello (l’immagine ha il suo fascino) ha il fiato corto e nella successiva Canzonetta “Deh vieni alla finestra” il suo canto è sin troppo intimizzato. Spigliato il Leporello alias Don Giovanni di Vito Priante, però, senza significative sfumature d’espressione, con un Catalogo di scarsa rilevanza, se non quella visiva. Bravi interpreti anche il Masetto di  Emanuele Cordaro e la Zerlina di  Marianne Croux, le loro scene appaiono particolarmente curate e riscuotono la simpatia del pubblico. “Cavernoso” il Commendatore del basso (veramente) profondo di Antonio Di Matteo. Donna Anna e Don Ottavio, rappresentano l’eccellenza della serata, con una bravissima, precisa, vibrante Maria Grazia Schiavo e un emozionante Juan Francisco Gatell, dal “Fuggi, crudele, fuggi“, in ogni loro intervento.

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L’Aria: “l mio tesoro intanto” di Don Ottavio è  un momento di suprema delizia, di grazia e intensità.

Per la Schiavo, con particolare suggestione nel Recitativo accompagnato “Crudele!.. Ah no, mio bene!” con Rondò “Non mi dir, bell’idol mio” con coloriture drammatiche cesellate alla perfezione. La versione scelta all’Opera di Roma è quella di Praga che ci priva con deciso rimpianto dell’Aria di Don Ottavio composta per Vienna: “Dalla sua pace” e ci priva altresì, ma senza particolare dispiacere del Recitativo Accompagnato ed Aria di Donna Elvira nel secondo atto: “In quali eccessi, o Numi – Mi tradì quell’alma ingrata”; Donna Elvira, qui una sin troppo appassionata Salome Jicia, come detto ridicolizzata sin dall’inizio in abito monacale.

Versione di Praga con l’esecuzione del concertato finale. Vick sin dal Duetto “Oh statua gentilissima‘ ha voluto imprimere il suo stile dando rilievo, non tanto al monumento funebre del Commendatore, che è invece intento a scavarmi la fossa con in mano un badile nello stile becchino dell’Amleto, mancava solo il teschio di Yorick, bensì con irriverenza gratuita la gigantografia del volto della Sindone impressa sul fondale. Il travisamento prosegue nel Finale: “Già le mensa è preparata“, Don Giovanni più che di carne di fagiano è ingolosito da un piattone di spaghetti alla Alberto Sordi, con umorismo tutto britannico, ovviamente replicato  dall’ingordo Leporello. All’ingresso, altrimenti spettrale, del Commendatore “Don Giovanni a cenar teco” scende l’immensa mano del Creatore di Adamo, così come nella Cappella Sistina dipinta da Michelangelo. Questa invasione di cartapesta disturba a tal punto da distrarsi da una pur rinvigorita orchestra, altrimenti non più che corretta, ma pur sempre elegante (non è sufficiente) diretta da Jérémie Rhorer. Recitativi accompagnati al fortepiano con poca creatività da Angelo Michele Errico. Il ditone di Dio si spezza, Don Giovanni è risucchiato e non resterebbe che compiangerne la scomparsa, ma Don Giovanni è tutt’altro che svanito, rientrerà  da una porticina alla morale conclusiva: “questo è il fin di chi fa mal” arrampicandosi nuovamente sul ramo prediletto dell’alberello scheletrito. Masetto s’impossessa del mozzicone di dito e lo pone nel basso ventre a modo di satiro arrapato e il tutto termina in un fumettone di dubbio genere.

 

3 ottobre 2019

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