
Première absolue à l’Opéra de Rome en ce mardi 9 juin 2026 avec la création sur la scène du théâtre Costanzi du ballet “Songe d’une nuit d’été” sur une composition musicale de Félix Mendelssohn-Bartholdy d’après la comédie de William Shakespeare. Le Surintendant Francesco Giambrone et la directrice de la danse Eleonora Abbagnato nous régalent une fois encore avec un spectacle de très grande qualité avec la participation exceptionnelle de Sae Eun Park, Etoile de l’Opéra de Paris, hôte d’honneur pour la seconde fois cette année, après son succès éclatant dans “La Bayadère” aux côtés du grand Paul Marque. Une véritable féérie musicale s’est ouverte devant nos yeux ébahis, déjà au moment des premières notes de l’ouverture dirigée de main de maître par le maestro Karen Durgaryan, quand le rideau de velours rouge laisse entrevoir ce chemin bordé de frondaisons impressionnantes qui se perd dans une forêt enchantée en perspective infinie, décors et costumes merveilleusement oniriques de Gianluca Falaschi avec les effets de lumière de Valerio Tibi…

Et nous voici dans le monde magique des elfes et des sylphides où les “petits rats” de l’Opéra de Rome rivalisent d’agilité et de mouvements chorégraphiques charmants, repensées spécialement pour eux par Sandra Jennings et Darla Hoover dans le plus grand respect de la chorégraphie originale de George Balanchine, créée en 1962 pour le New York City Ballet. Ce fils spirituel de Marius Petipa a en effet mis en pas de danse la comédie shakespearienne en s’inspirant essentiellement de l’esprit des Ballets Russes de Diaghilev où il débute d’abord comme danseur puis comme chorégraphe de 1925 à 1929. Le style épuré de Balanchine donne tout de suite le diapason de cette production exceptionnelle avec l’entrée en scène de Mattia Tortora dans le rôle du Roi des Fées, élégant et racé, qui est jaloux d’un jeune page que son épouse la Reine Titania (époustouflante Marianna Suriano, qui alterne délicatesse et tendresse avec une présence royalement imposante et ferme) élève avec grand soin à sa cour alors qu’Obéron voudrait en faire un de ses chevaliers.


Arrive le jeune et fringant Gabriele Consoli (Puck) qui ravit le public par son interprétation espiègle et vivace du lutin malicieux, qui bondit entre chaque mouvements en donnant sa touche de sarcasme humoristique au conte de fées. Lorsque Puck se trompe dans l’administration du nectar de la “pensée d’amour” (« Son suc, étendu sur des paupières endormies, peut rendre une personne, femme ou homme, amoureuse folle de la première créature vivante qui lui apparaît. ») en confondant Lysandre et Démétrius, respectivement Walter Maimone, sublimement gracieux, et Valerio Maresca, splendidement viril et sensuel. Le quiproquo amoureux explose lorsque surviennent leurs deux amantes, Hermia et Héléna, interprétées par les ravissantes Alessandra Amato et Marta Marigliani.


Nous voici à présent dans le deuxième acte où retentissent les notes désormais célébrissimes de la marche nuptiale de Mendelssohn où le corps de ballet de l’Opéra de Rome accompagne les trois couples qui convolent en justes noces: Thésée, le duc d’Athènes, qui prend les traits ici de Giacomo Castellana, incomparable pour sa grâce naturelle et la volupté fluide de son évolution sur scène, et sa douce Hippolita, la sémillante Federica Azzone, fulgurante et énergique incarnation de Diane Chasseresse, avec les deux jeunes couples finalement rassérénés.

Evidemment le moment tant attendu arrive lors du Pas de Deux du Divertissement avec l’Andante (Symphonie pour cordes n°9) où le souffle du spectateur est coupé par l’absolue harmonie du couple Sae Eun Park et de son partenaire Claudio Cocino: l’Etoile de Garnier nous offre son talent avec la générosité et la perfection technique qu’on lui connaît avec ce je-ne-sais-quoi en plus qui fait que même le néophyte le plus candide ne peut faire autrement que s’incliner devant tant de virtuosité. Claudio Cocino n’est pas en reste et laisse l’assistance émerveillée par son absolue maîtrise de l’art chorégraphique et sa complète symbiose avec sa partenaire.

Une mention spéciale pour le jeune et beau Michele Satriano qui pour la première a pris les traits du Maître des menus plaisirs de Titania, élégant et coquin, mais qui reprendra avec l’art et le charme incomparables qu’on lui connaît le rôle de Cocino dans les représentations du 11 et 13 juin prochains. A noter également la participation du Choeur de l’Opéra avec deux solistes aux voix cristallines, Jessica Ricci et Maria Elena Pepi, membres du Projet Fabbricca sous la direction expert du talentueux maestro Ciro Visco. Après le triomphe des applaudissements, la magie du spectacle continue dans une promenade dans la douce torpeur de la nuit romaine avec l’intuition que, peut-être, un jour, serons-nous aussi la cible de Puck et de sa fleur enchantée par la flèche de Cupidon, qui sait?


Photo credits: Fabrizio Sansoni pour l’Opéra de Rome