Le 14 avril 2026 a eu lieu au Teatro Nazionale de l’Opéra de Rome la première d’un spectacle original dédié complètement au chorégraphe Angelin Preljocaj,judicieusement rappelé par la directrice de la danse et étoile de l’Opéra de Paris, Eleonora Abbagnato pour accompagner le corps de ballet romain dans une nouvelle aventure. “Annonciation”, “La Stravaganza” et “Noces”, sont les trois pièces magistrales qui sont proposées au cours de cette soirée d’exception, où les compositions d’Antonio Vivaldi et d’Igor Stravinskij côtoient celles de Stéphane Roy, Robert Normandeau ou encore Evelyn Ficarra et Åke Parmerud. La solide amitié de plusieurs décennies qui lie Preljocaj à Eleonora Abbagnato se reflète également dans l’harmonie de leur collaboration artistique, motivant les danseurs de l’Opéra de Rome à se dépasser encore davantage dans une recherche esthétique sophistiquée et sobre à la fois, toujours unique car signée Preljocaj !

“Annonciation” est confiée ce soir-là à la soliste Marta Marigliani dans le rôle de la jeune Vierge Marie et Annalisa Cianci dans celui de l’Archange Gabriel, qui dans ce cas deviendra Gabrielle avec deux “l”! L’osmose cathartique entre les deux danseuses est palpable tout au long de la pièce, chacune à sa manière. Marigliani propose une interprétation d’une Marie juvénile, en proie aux doutes de ce destin singulier qui la mènera à devenir la mère terrestre du Verbe Incarné. Cianci est plus technique dans son expression dansée, avec un respect scrupuleux de la succession de mouvements élégants et autoritaires dont la beauté et la grâce ne sont pas sans rappeler les attitudes des sujets des grands peintres et sculpteurs de la Renaissance italienne. Les deux jeunes femmes se retrouvent dans une subtile complicité, toute féminine qui réhausse la douceur et la fragilité de la pureté virginale de Marie.

“La Stravaganza” nous arrive après un bref changement de scène dans un tourbillon intense de sensualité lascive de corps enchevêtrés dans une sarabande humaine, jouissive et chaste à la fois. Puis les figures du sublime “Pas de deux” avec le toujours merveilleux Michele Satriano qui embrase la scène de sa virilité extatique et sa passion contagieuse, alors que sa compagne, l’étoile Susanna Salvi nous régale une fois de plus de la perfection de son art dans une spirale ascendante de virtuosité. Mention spéciale pour Gabriele Consoli, Giacomo Castellana, Claudio Cocino et Walter Maimone qui tirent leur épingle du jeu grâce à une technique parfaite et une maîtrise irréprochable du rythme et de la chorégraphie.

Pour finir, le rideau s’ouvre pour la troisième fois sur “Noces” où cinq couples de danseurs et danseuses nous font vivre au son de la composition célèbre d’Igor Stravinskij les vicissitudes de la conjugalité et des aléas de la vie de couple, non sans humour. On retrouve chez les dames avec grand plaisir Marta Marigliani et Annalisa Cianci mais également la fabuleuse Virginia Giovanetti qui offre au public un mélange rare de fragilité feinte et de contrôle parfait de ses capacités de danser dans l’esprit Preljocaj. “Last but not least”, qu’il nous soit permis de rendre hommage ici à la performance incroyable du jeune Valerio Marisca, qui alterne avec brio et une célérité toute calculée, charme, force et désinvolture apparente tout en rendant avec dextérité la complexité de cette succession sublimement rapide et osée de gestes et mouvements du corps, des bras et de la tête, qui mérite d’être saluée ici avec respect et espoir pour un futur brillant de grand danseur.



