
Pour cette rentrée de Septembre 2026, l’Opéra de Rome et son brillant Surintendant Francesco Giambrone nous offre une nouvelle fois une première absolue en Italie: “Les noces de Figaro” de Wolfgang Amadeus Mozart dans une mise en scène conçue par Claus Guth pour le Festival de Salzbourg en 2006 avec sur le podium le jeune chef d’orchestre d’origine arménienne Emmanuel Tjeknavorian. Après cet été torride, le public romain a retrouvé avec grand plaisir la fraîcheur du Théâtre Costanzi et la salle était comble pour cette Première fort attendue. L’orchestration a restitué le chef-d’oeuvre de Mozart avec grande justesse, délicatesse et cadences parfaitement comprises et partagées avec émotion par la jeunesse fougueuse de Tjeknavorian qui nous transmet également avec brio son respect absolu de la partition. La mise en scène dans un décor statique d’une cage d’escalier de ce qui serait un palais comtale autrichien, conçue par Christian Schmidt est l’écho parfait de la sobriété des costumes voulues par le même artiste: noir et blanc avec quelques nuances de gris, d’une austérité en vogue il y a vingt ans, mais un peu passé de mode aujourd’hui! Les lumières succintes de Olaf Winter et les mouvements chorégraphiques de Ramses Sigl appartiennent à la même école de simplicité sophistiquée, peut-être excessive, avec le dessein implicite de donner la priorité à l’expression musicale , car pour le plus grand bonheur des spectateurs et des auditeurs de Radio Rai3, la compagnie des chanteurs et cantatrices était de très grande qualité. Honneur aux dames et comment ne pas tomber sous le charme incandescent de la belle Susanna (Martina Russomanno) dont la présence scénique et la voix cristalline nous ont ravis du début à la fin, entre mille espiègleries, pleines de cette ironie irrévérencieuse qui caractérise son personnage.

La Comtesse incarnée avec grâce et sensibilité par Roberta Mantegna nous a émus par sa douloureuse langueur et son désir de regagner les faveurs de son frivole époux. Marcellina (une solide et professionnelle Monica Bacelli) donne la réplique à Don Bartolo (un vénérable Roberto Scandiuzzi) en fauteuil roulant désormais au crépuscule de son existence. Chérubino qui prend ici les traits de la jeune Elmina Hasan est l’objet du désir de toutes ces dames et l’expression explicite d’une sensualité fougueuse et insatiable, très à l’aise dans les airs que le public attend de lui. Figaro, le sémillant et séduisant Erwin Schrott, ravit le public à chacune de ses apparitions et brille de tous ses feux dans ses interventions pleines de verve et d’esprit. Almaviva interprété par German Olvéra est parfaitement à l’unisson de la mise en scène sobre et peu encline au développement des intrigues à la Beaumarchais alors que le jeune Alejo Alvarez Castillo (du projet Fabbrica) nous offre un dynamique Antonio avec une voix puissante, très prometteuse dans un futur proche. Une mention spéciale enfin pour Don Basilio (un Marcello Nardis très en forme vocalement) et pour Don Curzio qui est ici aveugle, affublé de lunettes en verres foncés, interprété avec humour et élégance par le jeune et beau Blagoj Nacoski. “Last but not least”, la remarquable performance de la délicieuse Jessica Ricci (du projet Fabbrica) qui nous offre une Barbarina coquine et quasi ingénue…jusqu’au moment où elle perd…une épingle à cheveux au début du quatrième acte! Le choeur de l’Opéra de Rome toujours excellent sous la direction du maestro Ciro Visco.

L’introduction du personnage de Cherubim, une sorte de double de Cherubino qui tirerait les ficelles des intrigues amoureuses en distribuant les pommes de la discorde et les plumes de l’érotisme est une invention drammaturgique intéressante mais c’est un rôle qui aurait pu être revisité par un danseur plus en ligne avec l’âge de son personnage au lieu de rappeler le créateur du personnage, Uli Kirsch qui avait vingt-huit ans en 2006. La volonté de mettre au premier plan la musique de Mozart et ses virtuoses palinodies est pleinement assouvie avec quelques regrets pour une monotonie chromatique qui tourbillonne mélancoliquement devant nos yeux de mélomanes…mais n’est-ce pas là où voulait nous emmener cette “Folle journée” pour nous rappeler que le mariage de Figaro, personnage haut en couleurs, le portera à cacher ses fantaisies derrière une façade en noir et blanc?
Rome, 15 septembre 2026
Photo credits: Fabrizio Sansoni pour l’Opéra de Rome





