Beauté et Désillusion : Une Odyssée Baroque à l’Opéra de Rome

Il trionfo del Tempo e del Disinganno regia di Robert Carsen_ph Fabrizio Sansoni – Opera di Roma

Grâce à l’extension des horizons artistiques voulue par le Surintendant Francesco Giambrone, l’opéra de Rome nous a offert le 7 avril 2026 la première absolue au Théâtre Costanzi de l’unique oratorio de Georg Friedrich Haendel “Le triomphe du temps et de la désillusion” avec une mise en scène très moderne de Robert Carsen et Gianluca Capuano comme chef d’orchestre. Ce chef-d’oeuvre de jeunesse, composé à Rome en 1707, trente ans après l’interdiction des spectacles lyriques profanes par le Pape Innocent XII – de la très aristocratique famille des Pignatelli – nous emmène dans une fable allégorique où la Beauté s’abandonne aux loisirs lascifs que lui procure le Plaisir avant de trouver le chemin de la rédemption grâce au Temps, impitoyable arbitre de l’existence terrestre et de son acolyte omniscient, la Désillusion. La traduction en français du substantif italien “disinganno” en désillusion est relativement inexacte; on devrait plutôt qualifier cette allégorie primordiale de l’oratorio comme celle qui analyse et explique les subterfuges du sybaritisme sensuel qui ne peut mener qu’à la vacuité sémantique de la vie humaine…

Il trionfo del Tempo e del Disinganno regia di Robert Carsen_ph Fabrizio Sansoni – Opera di Roma

Le metteur en scène canadien, qui connut ses premiers succès auprès du public de la calviniste suisse, a ainsi conçu, originellement pour la clotûre du Festival de Pentecôte de Salzbourg en 2021, une ambiance qui nous projette dans les coulisses d’une parodie d’une compétition télévisuelle, où le prix du mannequin de l’année échoit à la Beauté. Le jury composé du Temps, du Plaisir et de la Désillusion opte pour ce choix unanimement mais c’est le Plaisir qui fait signer un contrat exclusif à la Beauté en lui promettant monts et merveilles dans un foisonnement de luxure et de rails de cocaïne… Suivant le livret du cardinal Benedetto Pamphilj, l’oratorio finira dans la sobriété obscure d’un retour à la morale après une vie dissolue où le cilice remplacera les paillettes, un peu sur les traces de la jeune Thérèse d’Avila avant son éveil à la Sainteté. Tous les arguments du Baroque classique sont mis ici mis au service du concept scénique de Carsen, assisté de Gideon Davey pour les décors et les costumes et de Peter Van Praet pour les lumières: les miroirs sont ceux du Palais du Temps qui met la Beauté face aux ravages implacables de l’âge; la mise en abîme caractéristique est rendue par les images filmées à travers les caméras du plateau de télévision (Video: RocaFilm), qui sont projetées en direct sur les écrans plus ou moins géants, usant des procédés techniques de pointe pour changer les fonds des images comme dans un studio réel avec la participation de mimes/acteurs de bel aspect (mouvements chorégraphiques de Rebecca Howell) qui accompagnent les vicissitudes de la Beauté à travers son odyssée qui la porteront de la jouissance la plus effrénée à la chasteté la plus janséniste.

Il trionfo del Tempo e del Disinganno regia di Robert Carsen_ph Fabrizio Sansoni – Opera di Roma

Quelques regrets cependant pour une orchestration sans grands reliefs… Le Temps (le Britannique Ed Lyon) et la Beauté (la Suédoise Johanna Wallroth) tirent leur épingle du jeu de façon honorable mais sans plus: leur chant est juste, sobre…peut-être un peu trop pour une oeuvre baroque. Le Plaisir, incarné par Anna Bonitatibus, malgré un curriculum vitae impressionnant, n’arrive pas à donner à son personnage le brio et l’empathie turbulente avec lesquels une Cecilia Bartoli ou une Simone Kermes auraient très certainement honoré la partition difficile de ce personnage-clef.

Il trionfo del Tempo e del Disinganno regia di Robert Carsen_ph Fabrizio Sansoni – Opera di Roma

Heureusement, la beauté du Baroque, le plaisir de la musique et du temps qui n’a pas de prise pour ceux qui l’écoutent nous furent offerts incontestablement par le contre-ténor Raffaele Pe qui nous a enchantés par la sensualité raisonnée mais non feinte de la Désillusion, nous transportant dans un tourbillon de force et de volupté avec ses vocalises virtuoses, à tel point que le public exprima son enthousiasme à maintes reprises dans ses applaudissements durant et à la fin du spectacle, hommages vibrants à Pe, authentique protagoniste de la soirée, répétant ainsi son succès de la Chapelle Royale de Versailles en 2019 dans le même rôle.

le Prince Sisowath Ravivaddhana Monipong en compagnie du contre-ténor Raffaele Pe

L’Art de la Danse: Neumeier, Godani, et Millepied à l’Opéra de Rome

17 mars 2026: l’Opéra de Rome célèbre l’Unité italienne avec le corps de ballet et ses premiers danseurs qui ont offert au public de la Ville Eternelle un magnifique spectacle, empli de poésie et de sensualité dans ce Triptyque imaginé par la directrice de la danse, Eleonora Abbagnato, qui après avoir enchanté Paris pendant de nombreuses années, est revenue dans la capitale italienne, à la tête de la prestigieuse institution. John Neumeier, Jacopo Godani et Benjamin Millepied ont naturellement donné leurs patronymes à cette soirée de grande classe avec leurs créations chorégraphiques contemporaines qui ont trouvé une place de choix dans le coeur des spectateurs.

Spring & Fall by John Neumeier

Le rideau s’ouvre sur “Spring and Fall”, Printemps et Automne de Neumeier, sur une musique de Antonín Dvořăk, une chorégraphie inspirée d’un poème du Jésuite Gerard Maley Hopkins qui s’adresse à un enfant pour lui expliquer en quelques vers choisis le parcours de la vie, passant du réveil des sens à l’endormissement progressif conduisant au trépas, issue heureuse d’une existence accomplie.

Susanna Salvi & Gabriele Consoli

Une poésie que Neumeier décide de mettre en pas de danse en 1991 à Hambourg sur les notes les plus célèbres de Dvořăk interprétées avec grâce et volupté par la danseuse étoile, Susanna Salvi qui nous emporte dans un tourbillon étourdissant de pirouettes et volutes diaphanes, rehaussé par la prestation excellente du Premier Danseur Michele Satriano, viril et délicat tout en nuances, de Giacomo Castellana, intense dans son expressivité sensuelle ainsi que la fougue de la jeunesse enflammée de Gabriele Consoli.

Giacomo Castellana

La cohésion sans faille des meilleurs éléments du corps de ballet de l’Opéra de Rome, qui ondulent gracieusement en alternant force énergique et tranquillité dans une symbiose parfaite entre classicisme et recherche de la perfection harmonieuse des mouvements, caractéristiques majeures de John Neumeier, qui à 87 ans reste et demeure une référence absolue de la créativité chorégraphique contemporaine.  

Michele Satriano

Le deuxième moment de ce Tryptique retentit d’une force incroyable pour plusieurs raisons: Jacopo Godani, après une époustouflante carrière internationale, a complété à Rome son travail intitulé “Echoes from a resless soul” – Echos de la part d’une âme agitée – en y ajoutant pour la première fois, Scarbo, la troisième et dernière partie du poème mystique de Maurice Ravel “Gaspard de la nuit”, la célèbre composition inspirée des poèmes d’Aloysius Bertrand. Un peu comme James Whistler a mis les nocturnes de Chopin en peinture, Ravel a composé son Gaspard de la nuit en suivant les méandres tortueuses des récits mystiques et mélancoliques que sont Ondine, le Gibet et Scarbo.

Echoes from a restless soul by Jacopo Godani

L’obscurité de la nuit proposée par le célèbre père du Boléro est traduite ici par une quête complexe de la pluralité de la lumière comme antithèse à l’obscurité à travers des pas de danse exprimés avec un grand sens du mystère et de l’interprétation symbolique. Ondine prend ici les visages de deux “Apsara” occidentales, Federica Maine et Virginia Giovanetti qui personnifient sublimement la séduction de nymphes aquatiques envers deux splendides êtres humains qui succombent sans résistance: Michele Satriano, toujours aussi magnifiquement expressif et esthétiquement accompli, et Jacopo Giarda dont la puissance animale exhale son authenticité à travers des arabesques finissant toujours avec une tendresse infinie.

Virginia Giovanetti & Jacopo Giarda

A noter la beauté et la synchronisation des harmonies d’ensemble qui donnent corps à la musique provenant des mains magiques de Massimo Spada au piano. L’apothéose qui culmine dans Scarbo après la montée graduelle des impressions du soleil couchant du Gibet est rendue avec brio dans l’adéquation parfaitement équilibrée entre la musique, la danse et la lumière.

Michele Satriano & Federica Maine

Troisième temps de ce Tryptique, “I feel the earth move”, une chorégraphie sensible et exaltée de Benjamin Millepied, qui nous propose un instant de vitalité en mouvement, de sublimation de la femme qui représente ici le moteur du bonheur de la vie. La musique de Philip Glass est un prétexte à un kaléidoscope de mouvements chamarrés qui nous entraîne à sa suite dans une spirale ascendante pour affirmer la positivité de la danse après la poésie lumineuse de Dvořăk et l’obscurité mystique de Ravel. Une mention spéciale pour Giacomo Castellana (encore une fois!) et Beatrice Foddi qui ont donné une puissance expressive exceptionnelle à leur couple artistique.

Giacomo Castellana & Beatrice Foddi

Après une “Bayadère” enchanteresse en février, le Surintendant Francesco Giambrone a de nouveau fait mouche: confirmer l’Opéra de Rome en tant que temple sacré de la beauté absolue des arts de la scène.

Photo credits: Fabrizio Sansoni pour l’Opéra de Rome

Dottore Cosimo Manicone, Principe Sisowath Ravivaddhana Monipong & Marchese Vincenzo Grisostomi Travaglini

4th January 2026: Royal Audience with King Norodom Sihamoni

On Sunday 4th January 2026, in Phnom Penh, His Majesty Preah Karuna Preah Bat Samdech Preah Boromneath King Norodom Sihamoni granted me and Marquess Vincenzo Grisostomi Travaglini the honour of a Royal Audience in Khemarin Palace at 10.00 a.m.

Marie Perbost : Étoile du Concert Baroque à l’Opéra de Rome, 5 mars 2026

Marie Perbost (photo credits: Fabrizio Sansoni pour l’Opéra de Rome)

Depuis l’arrivée à la direction de l’Opéra de Rome du Surintendant Francesco Giambrone en 2021, le programme de la fondation lyrique s’est considérablement enrichie avec audace et succès. Le 5 mars dernier, le public romain fut de nouveau gâté avec un concert exceptionnel de musique baroque intitulé “A la cour des rois de France: Musique pour Versailles” sous la direction du flamboyant Emmanuel Resche-Caserta, le fameux premier violon des Arts Florissants de William Christie qui, après nous avoir régalés en 2023 avec la première exécution moderne de l’oratorio de Francesco Gasparini, “Atalia” dans le cadre féérique du Cloître de la Trinité des Monts à Rome est revenu nous enchanter avec l’Orchestre National Baroque, composé de jeunes talents en herbe de toute l’Italie, sous la houlette du Conservatoire Alessandro Scarlatti de Palerme depuis plus de dix ans, avec le soutien constant du ministère des Universités et de la Recherche. La formation musicale est en outre complétée par la participation ponctuelle de musiciens renommés, comme la talentueuse violoncelliste Claire Lamquet, fondatrice de l’Ensemble Hemiolia, particulièrement remarquée à cette occasion pour ses qualités interprétatives et sa maîtrise impeccable de son difficile instrument ou Valentino Zucchiatti, premier bassoniste du prestigieux orchestre de la Scala de Milan, élégant et raffiné comme le répertoire l’exige précisément dans ce contexte particulier. A noter la présence de nombreux jeunes musiciens non seulement français et italiens, mais également espagnols, danois, chinois et britannique.

Emmanuel Resche-Caserta (photo credis Fabrizio Sansoni pour l'Opéra de Rome)
Emmanuel Resche-Caserta (photo credits: Fabrizio Sansoni pour l’Opéra de Rome)

Pour notre plus grand plaisir, Emmanuel Resche-Caserta avait composé un programme reflétant les diverses facettes de la musique du Grand Siècle et du Siècle des Lumières, avec des morceaux choisis des plus grands compositeurs des règnes de Louis XIV et Louis XV que sont Marc-Antoine Charpentier avec le prélude de son célébrissime Te Deum, une passacaille de Marin Marais, une suite charmante tirée du “Bourgeois Gentilhomme” de Jean-Baptiste Lully avant de mettre en lumière l’immense talent de Jean-Philippe Rameau, décidément un des musiciens favoris de notre chef d’orchestre, étant donné la place privilégiée qui lui est accordée avec les Indes Galantes, Castor et Pollux et les Boréades. Une exécution raffinée et allègre, avec douceur et gravité selon les moment mais également fougue et passion, comme l’exige l’esprit baroque le plus authentique.

Valentino Zucchiati (photo credits: Fabrizio Sansoni pour l’Opéra de Rome)

Le “Diamant” de cette soirée artistique de haut vol fut la participation grandiose de la jeune et jolie cantatrice française Marie Perbost, dont la voix suave et sensuelle n’eut d’égale que ses qualités d’actrice, l’expressivité de son visage angélique qui passa du sourire le plus enjôleur à la langueur compassée d’un amour qui se souvient avec nostalgie des jours heureux. En particulier, son interprétation pétillante de l’Air de la Folie, tiré de Platée de Jean-Philippe Rameau, a séduit d’emblée le public romain grâce aux nuances infinies de la tessiture de sa voix parfaite qui allie avec noblesse les passages les plus enthousiastes (et difficiles par la virtuosité requise) avec la douceur diaphane de ces rossignols amoureux qui ne finissent pas de ravir nos coeurs dans leur royaume silvestre, de la tragédie lyrique “Hyppolite et Aricie” du même Rameau. Au son des applaudissements triomphaux qui ont résonné dans la salle dorée du Théâtre Costanzi, le succès de la soirée est indéniable et gageons que l’Opéra de Rome continuera de valoriser cette époque tant appréciée du répertoire en multipliant les rendez-vous baroques dans un avenir proche, toujours sous l’impulsion artistique conjointe de la Sicile et de la France.

(photo credits: Fabrizio Sansoni pour l’Opéra de Rome)
Surintendant Francesco Giambrone et le prince Sisowath Ravivaddhana Monipong ((photo credits: Fabrizio Sansoni pour l’Opéra de Rome)

“J’ai deux amours” Point de Vue n°3936, 24 janvier 2024

“Brève” dans la rubrique “Quelle Semaine” de l’hebdomadaire “Point de Vue” n°3936, 24 janvier 2024, sous la plume de Fanny Del Volta.

“J’ai deux amours”

“Au théâtre Koh Pich de Phnom Penh, les danseuses du Ballet Royal du Cambodge ont fait parties du prestigieux casting de Madama Butterfly, d’après l’oeuvre de Puccini. Le prince Ravivaddhana Sisowath, co-metteur en scène de la pièce avec le marquis Vincenzo Grisostomi Travaglini, a souhaité ainsi rendre hommage à son pays et à l’opéra, sa passion depuis toujours.”

10th December 2023: Royal Audience granted by His Majesty King Norodom Sihamoni of Cambodia and Her Majesty Queen-Mother Norodom Monineath Sihanouk to Marquis Vincenzo Grisostomi Travaglini and His Highness Prince Sisowath Ravivaddhana Monipong

On Sunday 10th December 2023, in Phnom Penh,  His Majesty Preah Karuna Preah Bat Samdech Preah Boromneath King Norodom Sihamoni  and Her Majesty Queen-Mother Norodom Monineath Sihanouk granted me and Marquis Vincenzo Grisostomi Travaglini the honour of a Royal Audience in Khemarin Palace at 10.00 a.m.

4 Agosto 2023: Lettera di apprezzamento di Sua Eccellenza Paolo Dionisi, Ambasciatore d’Italia presso il Regno di Cambogia

4th August 2023: Letter of appreciation of His Excellency Paolo Dionisi, Ambassador of Italy to the Kingdom of Cambodia

Unofficial translation:

Your Highness,

as the Ambassador of Italy to the Kingdom of Cambodia, the Kingdom of Thailand and the Lao People’s Democratic Republic, I wish to express to you my highest consideration for your commitment to the many cultural initiatives you have undertaken, in affinity with Maestro Vincenzo Grisostomi Travaglini.
The echoes of Your recent successes in the Philippines have reached here and I truly hope that also in our three countries of accreditation, Italian Opera can be represented at its best, for the benefit of an increasingly attentive and passionate local audience.
Especially, I am glad to know that you are working on an initiative to plan a new production of “Madama Butterfly” in Phnom Penh, which I hope you will be able to realize soon. It would also be a good starting point as part of the celebrations of the Centenary of the passing of Giacomo Puccini, a highly regarded composer in Asia, which will occur in 2024.
With the most fervent wish that your projects may develop with ever greater significance, in a close relationship of cultural interchange with the Kingdom of Cambodia, your native land, and with the other two countries of accreditation, please accept, Your Highness, the expression of my highest consideration.

Paolo Dionisi

To His Highness Prince Sisowath Ravivaddhana Monipong

Trionfo di “Turandot” di Giacomo Puccini al Centro Culturale delle Filippine a Manila, 9 e 11 Dicembre 2022, con la sontuosa regia di Vincenzo Grisostomi Travaglini

La potenza del messaggio musicale si conferma per l’Italia  veicolo di comunicazione ineguagliabile, così come evidenziato nel discorso della First Lady “Liza” Araneta Marcos, consorte del neo-Presidente della Repubblica delle Filippine Ferdinand Romuáldez Marcos Jr in occasione della serata di gala per la nuova produzione di Turandot rappresentata con successo al Main Theater del Cultural Center of the Philippines a Manila. Non dovrebbe meravigliare l’entusiasmo, nella sempre crescente attività lirica a migliaia e migliaia di chilometri di distanza, nell’impegno di orchestre, coro e solisti di Paesi lontani coinvolti in iniziative operistiche del repertorio italiano, con sentita emozione a ogni rinnovata occasione e ci si sente implicati a una così vasta adesione! Con orgoglio all’esecuzione degli inni nazionali. Questo originale allestimento di Turandot è stato appositamente realizzato dopo la lunga costrizione pandemica, per le celebrazioni dei settantacinque anni delle relazioni diplomatiche e i sessanta dell’Associazione Filippine-Italia presieduta dalla signora Zenaida Tantoco. L’evento si è concretizzato nel concetto di una stretta collaborazione tra le Nazioni, con regista, scenografo e costumista Vincenzo Grisostomi Travaglini, il cui progetto artistico è stato realizzato interamente e con grande sfarzo di risorse da maestranze Filippine, con il fondamentale apporto dello scenografo realizzatore Ohm David e da Lupo Adolfo Lasin custode di antiche tecniche pittoriche; dei costumi favoleggianti di Jay Lorenz C. Conanan e con la particolare caratterizzazione dell’attrezzeria in versione filippina di Winter David. Turandot, in Puccini, ma si potrebbe anche riportare  un simile archetipo all’ondeggiante Mélisande in Debussy, è stata qui rappresentata come la Regina dei Naga. Questo è il legame immaginario della produzione con i miti fondatori dei reami del Sud-Est Asiatico: Java, Bali e Impero Khmer, esteso alle Filippine. La principessa erede al trono all’apparire della luna si trasforma in serpente simbolo di morte, mutando di giorno in forma umana dal fascino irresistibile, quanto donna inaccessibile racchiusa nel sontuoso mantello ricamato di squame a simbolo della sua origine divina. Sconfitta alla luce del sole, ritrova potere devastante al calar delle tenebre, scatenando la sua rabbia sul popolo inerme, per aderire al capolavoro pucciniano sino a costringere al suicidio la schiava Liù. Con l’alba il serpente trasfigura definitivamente in forma umana, sconfitta dall’amore dello straniero e da qui il legame creatosi nella distinta lettura, dalla commedia di Gozzi/Schiller tratta da una storia persiana con la leggenda del Sud-Est Asiatico del mito comune dei regni fondatori. Incontro di culture che ha trovato nella realizzazione piena evidenza. Musica accompagnata dalla poesia cromatica del disegnatore luci Giovanni Pirandello.

Direttore d’impetuoso talento il giovane lucano Valentino Favoino, allievo prediletto di Donato Renzetti, sul podio della prestigiosa Philippine Philharmonic Orchestra. Cantanti ospiti, dalla Corea il soprano Lilla Lee vigorosa Turandot, velenoso serpente dall’acuto pungente e il basso Jin Su Lee, riflessivo Timur; dall’Italia il tenore Alessandro Liberatore seducente Calaf. Particolarmente si distinguono per impegno e immedesimazione gli artisti filippini: la commovente Liù di Rachelle Gerodias, l’incisivo Ping del baritono nativo coreano Byeong In Park, il gran cancelliere Pong di Ivan Niccolo Nery insignito quale migliore tenore filippino dell’anno e il dinamico Pang di Ervin Lumauag. L’Imperatore è impersonato dal tenore Nomher Nival e Un Mandarino dal baritono Greg De Leon. Animato da euforico fervore il Coro appositamente formato, con maestro Camille Lopez Molina e il Coro di voci bianche Mandaluyong preparato da Sebastian Trinidad, per la prima volta in scena per un’opera. Compendiante la partecipazione del Corpo di ballo fondato dall’Artista Nazionale Alice Garcia Reyes, con coreografo Ronelson Yadao. Un incontro di grande impatto sia artistico che simbolico, che ha segnato il tutto esaurito, affiancato da iniziative collaterali, quali masterclass tenute dai protagonisti del titolo pucciniano per studenti universitari, l’anteprima aperta a ottocento ragazzi  delle scuole con la presenza del Vicepresidente della Repubblica e Ministro dell’Educazione signora Sara Duterte. Nella produzione il principe Sisowath Ravivaddhana Monipong di Cambogia ha svolto il ruolo di collaboratore per la messa in scena e drammaturgia, memore di un intenso dialogo avuto con Simonetta Puccini a Torre del Lago nel 2011, durante il quale s’impegnò a promulgare lo spirito pucciniano a favore della condivisione artistica della lirica nei Paesi dell’ASEAN. Un obbiettivo sempre maggiormente condiviso grazie a un interscambio culturale dialogante, in stretto rapporto con le nostre sedi diplomatiche.

Jean-Baptiste Joly

9 dicembre 2022

“La cultura musicale in Turchia: “Carmen”, il capolavoro di Bizet al XIII Istanbul Opera Festival”, un articolo di Sabino Lenoci in “L’Opera International Magazine”, Settembre 2022

La Turchia, come l’Italia, è un Paese di eccellenze e l’avere avuto occasione di potermi confrontare con diverse realtà, così come nella produzione di Carmen al XIII Istanbul Festival con solisti dell’Opera di Stato di Turchia, un’artista ospite eccellente mezzosoprano romeno, regista e disegnatore luci italiani e per la drammaturgia un conoscitore della letteratura musicale d’oltralpe, cambogiano d’origine, principalmente di madre lingua e cultura francese, questa opportunità è stata quell’insieme di valori da cui nasce una produzione di significativa riuscita, che lascerà il segno nell’evoluzione nel nuovo corso della cultura musicale in Turchia, dove sono in attività ben sei Teatri d’Opera e Balletto di Stato e tanti festival estivi, da Istanbul, Aspendos, Ephesus, Bodrum.

Premetto, che torno sempre con gioia ad Istanbul, non posso che ricordare i tanti momenti felici passati in questa città in compagnia del soprano Leyla Gencer, una delle più rilevanti artiste di canto della seconda metà del Novecento, che pur avendo scelto di vivere a Milano, dedicò gran parte delle sue energie alla promozione di giovani voci, con particolare attenzione per gli aspiranti solisti della sua terra, con i quali era sempre severa, perché da loro esigeva il meglio. Venne nominata in Turchia nel 1988 Artista di Stato. Ho partecipato a svariate edizioni di quello che è oggi il Leyla Gencer Voice Competition ad Istanbul, così come condividemmo pareri ed emozioni al Teatro alla Scala, infaticabile direttrice dell’Accademia di canto. Non è una nostalgia, la sua arte resterà nel tempo, bensì un ricordo dovuto perché in questa terra, di grande cultura musicale, qui tutto mi parla di Lei.

Leyla Gencer nel 1967

Per il Festival d’Istanbul è stato scelto quest’anno un luogo di particolare suggestione, all’interno del complesso dell’Haliç Kongre Merkezi, dove è stato appositamente realizzato nello spazio all’aperto un palcoscenico, servizi e ampia platea capace di quasi tremila posti, tutti esauriti per l’evento. L’impatto è inaspettato, il Corno d’Oro sulle rive del Bosforo, il tramonto è magico, sembra di vivere in un’era senza tempo.

Ogni suggestione, però, ha il suo prezzo da pagare e l’acustica è pressoché carente e l’amplificazione non adeguata. Questo non dissuade dal godimento della produzione e nella compagnia di canto svetta la sensuale, magnetica Ramona Zaharia. Del ruolo di Carmen lei ha capito tutto, si muove con sicurezza, con autentico timbro da mezzosoprano tendente a un brunito con effetto penetrante, che riconduce con determinazione il personaggio nell’incognita segnata dall’inesorabile destino. Esemplare l’Habanera, la Séguédille e in generale si distingue in ogni suo intervento, in particolar modo nel così detto terzetto delle carte del terzo atto da Voyons, que j’essaie à mon tour.

Ramona Zaharia

Accanto a lei il tenore Ali Murat Erengül, che non essendo il titolare del ruolo aveva cantato a piena voce nella prova generale del giorno precedente. A causa della rinuncia inaspettata del previsto tenore, nonostante questo, dopo un primo cenno di affaticamento e probabilmente d’emozione, si è distinto lodevolmente facendosi coinvolgere vocalmente e scenicamente. Certamente, la regia di Vincenzo Grisostomi Travaglini ha molto giovato al trionfo della serata, presente il Ministro della Cultura e del Turismo Mehmet Nuri Ersoy. Un allestimento di stampo tradizionale, allo stesso tempo dinamico e ben impostato, coadiuvato dalla collaborazione di Ravivaddhana Monipong Sisowath, il regista ha approfondito quello che doveva essere lo spirito vitale parigino di quella seconda metà del secolo XIX, arricchendo la produzione di balli, così richiesti all’Opéra-Comique, ma anche nella consapevolezza dell’ambizione e frustrazione di Georges Bizet nei confronti del Grand-Opéra.

Vincenzo Grisostomi Travaglini con Sisowath Ravivaddhana Monipong, in compagnia dei danzatori del Balletto di Stato di Istanbul

Le danze, con interpreti i primi ballerini dell’Opera e Balletto di Stato d’Istanbul, hanno vivacizzato e arricchito lo spettacolo, in assolo negli entracte, accompagnando Habanera e i Couplets d’Escamillo. Coreografa Aysem Sanel Savaskurt, nuova direttrice dell’Opera e Balletto del Teatro di Stato di Istanbul. Ottima la prova del coro diretto da Paolo Villa, a parte qualche incidente dovuto all’amplificazione, soprattutto nel finale. Esemplari le voci bianche preparate da Sercan Gazeroĝlu. Un lavoro d’insieme che ha coinvolti tutti i solisti dell’Opera di Istanbul, da Murat Güney generoso Escamillo; voce duttile dalle infinite sfaccettare il soprano Gülbin Gönay che ha restituito una Micaëla tutt’altro che banale e molto apprezzata dal pubblico; particolarmente i quattro amici di Carmen, ai quali nell’opera di Bizet è riservata ben altra finalità che nel romanzo di Mérimée da cui l’opera è tratta. Frasquita è Anna Sirel Y. Etyemez, Mércèdes: E. Tuĝba Tekişik, con loro Alp Köksal per Le Dancaire  e Onur Turan per Le Remendado, puntuali e affiatati, con Carmen, nel Quintetto. Completano la compagnia Goktug Alpasar e Utku Bayburt rispettivamente Zuniga e Moralès.

Ramona Zaharia e Ali Murat Erengül

Un peculiare rilievo per le luci di Giovanni Pirandello, che con molteplici effetti hanno seguito la vicenda così che la musica si tramutasse in colore. Scene imponenti di Zeky Sarayoĝlu, a conferma di un artigianato fiorente; vivaci e policromi, una vera gioia per la vista, i costumi di Aşegül Alev e Gizem Betil.

Göktuğ Alpaşar e le donne del Coro dell’Opera di Stato di Istanbul

Direttore Zdravko Lazarov, a capo dell’Orchestra dell’Opera d’Istanbul, nell’impervio compito di superare gli ostacoli di una recita all’aperto, con venti marittimi di piacevole frescura, ma che hanno messo a dura prova la sua abilità nel tenere l’insieme. L’edizione proposta è quella apocrifa della Staatsoper di Vienna con i dialoghi sostituiti dai recitativi musicati da Ernest Guiraud, una scelta ancor oggi diffusa per uno dei titoli più rappresentati al mondo che, forse, ne rende più scorrevole l’ascolto per una esecuzione en plein air.

Arena esaurita e al temine standing ovation con applausi, che sembravano non voler mai terminare.

Sabino Lenoci

Istanbul, 27 luglio 2022