Opéra de Rome : « La vita nuda » de Matteo D’Amico, hommage au génie de Luigi Pirandello.

À l’occasion du 90e anniversaire de la mort de Luigi Pirandello et sous l’impulsion de son Surintendant Francesco Giambrone, l’Opéra de Rome consacre au lauréat sicilien du prix Nobel la composition lyrique contemporaine “La vita nuda” de Matteo D’Amico, sur un livret de Sandro Cappelletto. Cette nouvelle commande de l’opéra de Rome a été représentée du 20 au 25 octobre 2026 en première mondiale au Théâtre national, avec la mise en scène de Cecilia Ligorio et la participation de l’Orchestre de l’Opéra de Rome dirigé par Alessandro Cadario. Opéra en un acte, cette œuvre réunit “L’uomo dal fiore in bocca” (L’homme à la fleur dans la bouche), drame qui aborde l’irruption de la maladie dans la vie du protagoniste, et “La patente”, une affaire judiciaire grotesque d’un homme présenté comme un porteur de malheur. À travers la partition de Matteo D’Amico et la dramaturgie de Ligorio et Cappelletto, ces deux titres se fondent en une œuvre qui offre au public une vision contemporaine et troublante de l’un des plus grands dramaturges du XXe siècle. Les décors, inspirés du néoréalisme cinématographique, sont signés Gregorio Zurla, les costumes de Vera Pierantoni Giua et les lumières de Fabio Barettin. Omar Montanari incarne l’homme à la fleur dans la bouche et Andrea Concetti celui de Rosario Chiàrchiaro, protagoniste de “La patente”. La distribution est complétée par Annunziata Vestri (barmaid/épouse de l’homme à la fleur dans la bouche), Maria Grazia Schiavo (Rosinella, la fille de Chiàrchiaro/jeune amoureuse), Blagoj Nacoski (client/juge n° 1), Marcello Nardis (juge n° 2/jeune amoureux), Roberto Abbondanza (juge n° 3) et Federico Longhi (juge D’Andrea).

La direction dynamique et puissante du jeune chef d’orchestre Alessandro Cadario a conféré à l’oeuvre intensité émotionnelle et profondeur spirituelle dans les méandres pirandelliennes de l’exploration de l’humain dans son expression la plus complexe.

Une interprétation extraordinaire des deux protagonistes, Omar Montanari, explosive alternance de désespoir et de tendresse face à ce cancer qui lui ronge la bouche mais aussi d’Andrea Concetti qui nous restitue un personnage touchant dans sa fragilité, son incroyable vulnérabilité dans la définition de son identité sexuelle suggérée explicitement dans un travestissement d’un réalisme troublant. Tous les deux dotés de voix sûres et bien calibrées pour cette composition moderne qui rend hommage au texte du plus grand drammaturge italien du XXème siècle par une extrême attention à la diction et aux paroles choisies qui sont mises en musique comme dans une psalmodie alternant notes aigües émotionnelles et graves intenses et profondes de sens dramatique.

Omar Montanari (L’uomo dal fiore in bocca) ©Fabrizio Sansoni-Teatro dell’Opera di Roma
Andrea Concetti (Rosario Chiàrchiaro)_©Fabrizio Sansoni-Teatro dell’Opera di Roma

Dans le rôle de Rosinella, une immense Maria Grazia Schiavo, qui nous a enchantés maintes fois à l’Opéra de Rome, notamment pour ses interprétations inoubliables de Violetta Valéry et de Donna Anna, offre ici une autre facette de son talent incommensurable par son éloquente sensibilité vocale et son identification authentique et sincère avec son personnage. Grande interprétation également de la charmante Annunziata Vestri, sensuelle et desespérée amante éconduite.

Annunziata Vestri (Moglie dell’Uomo dal fiore in bocca), Maria Grazia Schiavo (Rosinella) _©Fabrizio Sansoni-Teatro dell’Opera di Roma

Cependant, la révélation incontestable de cette “vita nuda” est le ténor d’origine macédonienne Blagoj Nacoski, déjà bien connu du public romain, qui se rappelle sa dernière apparition dans “Les noces de Figaro”en Don Curzio, aveugle et malicieux. Ici, dans son rôle de client et de juge, il déploie, avec ingéniosité et une grande receptivité à la dialectique pirandellienne, un vaste éventail d’expressions caractérielles en rendant son jeu scènique d’une grande complexité, véritable kaléidoscope de couleurs et de nuances vocales que complètent avec bonheur ses qualités théatrales et son physique avenant.

Blagoj Nacoski (Avventore)_©Fabrizio Sansoni-Teatro dell’Opera di Roma

Une mention spéciale pour Federico Longhi et Marcello Nardis qui ont donné une dimension intéressante à leurs personnages en utilisant leurs qualités de chanteurs et d’acteurs au service de cette pièce unique en son genre.

Nardis (Giudice 2), Longhi (Giudice D’Andrea), Schiavo (Rosinella), Abbondanza (Giudice 3)_©Fabrizio Sansoni-Teatro dell’Opera di Roma
Matteo D’Amico avec Vincenzo Grisostomi Travaglini, amis de longue date
Maria Grazia Schiavo et Sisowath Ravivaddhana Monipong
Blagoj Nacoski et Sisowath Ravivaddhana Monipong