On Sunday 1st May 2016, in Phnom Penh, His Majesty Preah Karuna Preah Bat Samdech Preah Boromneath King Norodom Sihamoni granted me the honour of a Royal Audience in Khemarin Palace at 11.00 a.m.



On Sunday 1st May 2016, in Phnom Penh, His Majesty Preah Karuna Preah Bat Samdech Preah Boromneath King Norodom Sihamoni granted me the honour of a Royal Audience in Khemarin Palace at 11.00 a.m.




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Prince Ravivaddhana Monipong Sisowath : De la vie et des nuances
jeudi, janvier 21, 2016
Le Prince Ravivaddhana Monipong Sisowath fait partie de ces gens qu’on pourrait interviewer pendant de longues heures sans s’ennuyer une seconde, un peu comme un livre d’histoires qui ne veut pas se refermer tant chaque époque marquante de sa vie est contée avec une précision et un nombre incroyable d’anecdotes et de détails. L’homme est élégant dans tout les sens du terme, dans son apparence, soignée, dans son élocution, fluide et précise, dans sa connaissance, incroyablement étendue tant dans l’histoire du Cambodge que dans celle des arts en général. Khmer par sa naissance et son éducation, Français par filiation (grand-mère) et Romain de cœur, le prince se définit ainsi comme un personnage de contradictions, un concept qui lui plait car, dit-il, la contradiction et les nuances fontt la richesse d’un personnage …
Né en 1970 au Cambodge, le jeune prince ne grandira pas sur sa terre natale et, ce fut probablement une chance au regard des années noires qui endeuilleront le royaume avec la guerre civile et l’avènement des Khmers Rouges un peu plus tard. C’est une blessure de son père, Le prince Neak Ang Mechas Sisowath Samyl Monipong, alors officier de l’armée royale qui va provoquer le départ de la famille vers Paris en 1972. Nommé ensuite attaché militaire à Paris après sa guérison, le Prince Sisowath Samyl Monipong installe définitivement sa famille dans la capitale française. De ces jeunes années françaises, Ravivaddhana garde le souvenir de deux univers qui ne se croisent pas : le Cambodge et la France. Le Cambodge, raconte-t-il, commence dans sa maison, posée comme un précieux et délicat fragment de royaume que sa mère, la princesse Neak Ang Mechas Norodom Daravadey, préserve, chérit et dont elle transmet l’histoire et la culture à son fils alors sous la tutelle d’une gouvernante chinoise, bien occupée avec un enfant incroyablement éveillé et curieux de savoir. De ce Cambodge qu’elle ne souhaitait peut-être pas quitter, la princesse Norodom Daravadey veut lui en inculquer le meilleur : le jeune Ravivaddhana apprendra ses prières en Pali, se familiarisera avec l’écriture khmère, et bien sûr avec l’histoire, les coutumes et traditions de son pays de naissance. De cette époque, le prince raconte : ‘’Ma mère tenait précieusement à mon éducation cambodgienne, c’était un souhait fort, mais, paradoxalement, alors qu’avançait la destinée tragique du pays, j’ai aussi vécu les traumatismes de ma mère et, quelque part, le Cambodge me manquait profondément car je le vivais intensément sans y vivre physiquement’’.
A l’extérieur de la maison, à cette époque, commença plus tard une autre histoire, plus française, celle d’un jeune prince exilé qui, fort de l’érudition précoce initiée par ses parents, abordera ses études comme un loisir utile. Et dehors de la maison, raconte-t-il avec un petit sourire, c’était une sorte de jeu, je m’amusais, avec ma sœur, princesse Sisowath Ubbolvadey Monipong, à être aussi intelligent et brillant que possible à l’école, d’être un bon élève et de réussir mes études. Ravivaddhana fera hypokhâgne et khâgne et s’orientera ensuite vers un Masters d’anglais qu’il réussira sans grande difficulté. Mais la maîtrise des langues ne lui suffit pas, il passera aussi quelques modules d’ethnologie, devenant au passage l’un des étudiants de Charles Meyer l’auteur du livre ‘’Derrière le sourire khmer’’ (1971). Mais, pour des raisons familiales, le jeune étudiant va, plus tard, embrasser une carrière commerciale au sein de plusieurs grands groupes comme IBM et Accor, carrière commerciale mais ponctuée ensuite de consultances pour les médias, les institutions, de grands organismes caritatifs, C’est en 1997, au cours d’un voyage professionnel qu’il découvre Rome et l’Italie et en tombe totalement amoureux, ressentant quelque part de subtiles similitudes avec la culture cambodgienne…Cela peut sembler quelque peu insolite, explique le prince, mais il y a de nombreux dénominateurs communs entre ces deux pays. Il y a bien sur la beauté, l’art, le climat, le coté chaleureux mais, ce qui m’a frappé, c’est cette même relativité concernant la notion de vérité et les nuances de liberté, de souplesse et de cohérence qui entourent cette notion. En clair, la vérité n’est pas toujours le meilleur argument, elle est parfois malléable et jamais absolue. Et, de retrouver une même approche chez ces deux peuples est un détail intéressant.
De ces années romaines durant lesquelles Ravivaddhana fait le plein d’émotions artistiques et littéraires, et se passionne pour l’opéra, il ne perd pas contact avec le Cambodge : ‘’ De par mes fonctions, j’ai accueilli plusieurs fois le Ballet Royal à Rome, je recevais beaucoup de visites amicales et familiales. Mais il m’a fallu du temps pour envisager de revenir, je ne me sentais pas prêt durant les années 1990, et je ne souhaitais pas revenir au Cambodge comme un touriste, il fallait, à mon sens, que mon retour soit une démarche constructive et surtout utile’’. Je ne me sentais pas non plus capable de franchir le pas comme l’a courageusement fait mon cousin le prince Tesso Sisowath, c’est-à-dire revenir vivre complètement vivre et travailler au pays avec toutes les difficultés que cela suggère, difficultés d’adaptation pour ceux qui sont partis depuis très longtemps, nostalgie de la deuxième patrie qui peut nous ronger ou parfois la mémoire de ceux qui sont disparus. Quant à sa perception du génocide, elle diffère quelque peu du sentiment généralement ressenti par la diaspora khmère profondément meurtrie et horrifiée de cet épisode traumatisant de l’histoire du Cambodge : ‘’ J’ai essayé de comprendre, comme beaucoup, la période des Khmers Rouges. A travers une approche puis une étude des structures sociétales khmères et de la colonisation de la péninsule indochinoise, finalement je me suis dit que cela n’était pas une surprise. J’oserais même affirmer que cela était prévisible. Par contre, je voudrais vraiment préciser que je reste horrifié par les massacres d’enfants. Que les adultes se fassent la guerre ou entre-tuent est une chose profondément triste, mais qui correspond malheureusement à un ordre des choses, des événements, des cycles de l’histoire. Mais pour moi, le massacre d’enfants n’est pas acceptable….’’
Ce n’est qu’en Avril 2000 que le prince a donc l’occasion de revenir au Cambodge. Il est alors en mission pour la FAO. Dans l’avion qui le mène vers son pays de naissance, jamais peut-être le prince n’aura autant ressenti les contradictions de ce qu’il appelle cette génération sacrifiée. Il se rappelle alors des larmes de sa mère liées aux disparus, aux familles séparées, aux tristes nouvelles qui se succédaient ces matins de 1975 alors qu’un rideau de noir et de rouge se fermait sur un royaume autrefois de lumières. Cambodge je te hais pour mes souffrances, Cambodge, je t’aime pour ta beauté que me contait ma chère mère, se disait Ravivaddhana alors que l’avion se posait sur le tarmac de Pochentong. ‘’…Effectivement, c’était très émouvant, j’ai beaucoup pleuré en pensant aux disparus…’’. En arrivant, je suis allé voir la maison de mon grand-père à Phnom Penh, qui existe toujours mais qui a bien changé…puis je suis tout de suite parti pour la campagne cambodgienne dans le cadre de ma mission avec la FAO. Mon contact avec les gens de Takéo a été rude, franc, difficile et finalement sincère, c’est ce type de contact que j’aime au Cambodge. Depuis, je reviens régulièrement, sous des pressions amicales bien sûr, pour des raisons professionnelles ou protocolaires également ; mais chaque voyage est l’occasion de nouvelles rencontres et de découvertes, donc c’est enrichissant. Si je devais me remémorer un instant fort depuis que je reviens au Cambodge, ce serait sans conteste le couronnement de sa majesté Norodom Sihamoni. Ce fut intense, un grand moment historique, j’étais placé au même endroit que le fut mon père lors du couronnement de sa tante. Ce fut important pour moi, je me suis senti à ma place, je me suis senti légitime. Il y a eu aussi ces dernières années beaucoup d’autres moments agréables, en particulier avec la princesse Buppha Devi, merveilleuse icône et héroïne du Ballet Royal khmer. Par contre, je ne vais pas au Cambodge en ‘’vacances’’, j’ai mon jardin secret en Grèce pour mes vacances.
‘’…Vous me le faites remarquer, oui j’aime la vie et les bonnes choses de la vie…explique le prince, je ne me définirais pas comme un épicurien, plutôt comme un hédoniste. J’ai eu la chance, hors le contexte des conditions de l’exil et de la tristesse liées au sort de mon pays durant mes jeunes années, d’avoir été merveilleusement entouré, par des gens qui m’ont inculqué l’amour du beau, du bon et de l’élégance. J’avais un grand-père très au fait des arts de la table et j’y ai pris goût, tout comme j’adorais les plats khmers que me préparait ma mère. Enfant, j’ai pris quelques cours de musique mais, au-delà de ces détails autobiographiques, je crois que le fait d’avoir été entouré par des gens raffinés, tant au sein de ma famille que dans mes relations amicales et même professionnelles, a largement contribué à mon attirance pour les arts et les plaisirs de la vie. Pour conclure, et cela est très personnel, je pense tout simplement que la vie est un cadeau merveilleux et qu’elle vaut la peine d’être vécue. Quant à mes loisirs, ils sont à mon image, j’adore l’opéra et, c’est une passion très occidentale, tout comme je suis passionné par l’astrologie, un art tout asiatique… »
Aujourd’hui lundi 30 novembre 2015 s’est tenue à Paris l’Ouverture solennelle de la COP21 où 150 Chefs d’Etat et de Gouvernement se sont rendus à l’invitation de Monsieur François Hollande, Président de la République Française.
Notre Souverain Vénéré, Sa Majesté Preah Bat Samdech Preah Boromneath le Roi Norodom Sihamoni a pris la parole à 17h30.

Le Roi Sihamoni, dans un Français impeccable, a présenté Ses plus sincères condoléances au Peuple de France, meurtri par la douleur des morts dûs aux attentats du 13 novembre dernier en région parisienne.
Le Souverain a rappelé que la problématique découlant des changements climatiques demeure le défi majeur de notre temps, impactant très considérablement l’agriculture, la sécurité alimentaire et l’accès à l’eau notamment. L’achèvement des 17 objectifs préconisés par la dernière Assemblée Générale des Nations Unies est désormais compromis.
Au Cambodge, rien qu’en 2013, la sécheresse a causé une chute de 2% du PIB en mettant dans des situations dramatiques plus de 380 000 foyers dans 20 des 25 provinces du Royaume.
Le Principe d’Equité doit être au coeur des négociations de la COP21.
Le Roi Sihamoni a rappelé que « Sortir de cette impasse est de notre responsabilité en tant que dirigeants ». La COP21 doit aboutir à un accord historique sur la réduction de l’émission des gaz à effets de serre dont 20 années de recherche et de preuves rassemblées ont démontré l’urgence de leur diminution.

Le Monarque a terminé son allocution en invitant les participants à se laisser aller à « l’impulsion audacieuse » qui leur permettra de sauver la Planète.
En ce mardi 28 octobre 2014, le soleil dardait ses rayons d’or à travers la Porte de la Victoire et illuminait de sa lumière éclatante la Salle du Trône ou Preah Tineang Tevea Vinicchay. Je hâtais le pas en gravissant les marches de l’escalier du côté Sud pour aller retrouver ma tante, Son Altesse Royale la Princesse Samdech Sisowath Pongneary Monipong (que dans la famille nous appelons affectueusement Tante Lolotte, héritage de son passage chez les sœurs de la Providence quand elle étudiait dans cette prestigieuse institution religieuse de Phnom Penh) qui m’attendait un grand sourire aux lèvres. Elle me conduisit à ma place, tout près du fauteuil doré où prendrait place dans quelques instants Sa Majesté la Reine-Mère.

Arrivèrent peu de temps après moi, les deux Chefs des deux ordres bouddhiques du Royaume, Mohanikay et Thommayut, et la multitude de bonzes dont le nombre correspondait à l’âge du Souverain plus un : ils étaient donc soixante-deux. Puis les Grands Princes et Princesses, à qui le Roi avait conféré le prédicat de « Samdech » en plus de celui d’Altesse Royale. Nombres d’entre eux me gratifièrent de chaleureuses embrassades et me demandèrent des nouvelles de mon père, demeuré à Paris pour se soigner.

Résonnèrent enfin les conques des Bakous et Sa Majesté le Roi arriva par la porte Nord qui donne sur le Palais Khemarin, Résidence Royale. Sa Majesté alluma les bougies et les baguettes d’encens devant chacun des bustes des Rois et Reines qui l’ont précédé et ce, jusqu’au Roi Ang Duong. Il alla ensuite se recueillir dans la Chapelle Royale à droite du Trône avant de saluer les Grands Dignitaires du Royaume ainsi que les Grands Princes et Princesses ayant reçu le titre de « Samdech ». Les bonzes commencèrent alors à réciter leurs litanies pour appeler la chance et la victoire sur le Souverain. Vint alors le tour des Brahmanes qui, après avoir consacré l’eau lustrale dont le Roi se baigna le front, Lui remirent une feuille sacrée que le Souverain prendra soin de mettre autour de son oreille droite.
A l’issue de la cérémonie, le Roi, la Reine-Mère, les Grands Dignitaires du Royaume ainsi que les membres de la Famille Royale sont invités à faire l’offrande des victuailles à tous les Vénérables présents. C’est Son Altesse Royale la Princesse Samdech Reach Botrei Preah Ream Norodom Buppha Devi qui me poussa littéralement à prendre place dans le rang des Princes qui distribuent les offrandes et c’est ainsi que je m’acquittai de ce devoir filial pour la première fois de ma vie dans ce lieu ô combien sacré, grâce à l’intervention affectueuse mais néanmoins autoritaire de ma très respectée cousine.
L’après-midi même, le Roi recevait les vœux du Gouvernement, des Corps Constitués ainsi que du Corps Diplomatique. Seuls les « Samdech » de la Famille Royale furent conviés et c’est Son Altesse Royale la Princesse Samdech Reach Botrei Preah Ream Norodom Buppha Devi qui présenta les vœux de la Famille Royale au Souverain.
Nous nous retrouvâmes le lendemain matin très tôt à 7h30 du matin au Pavillon Chanchhaya, où devait se tenir le grand meeting populaire avec l’hommage des forces armées royales et de la Société Civile. Je retrouvais avec beaucoup de joie les jolies danseuses du Ballet Royal, ma grande amie, Neak Kru Sam Sattya et l’ex-danseuse étoile, Menh Kossiny, désormais secrétaire d’état à la culture, entamant son second mandat, fait suffisamment rare pour être souligné ! Il faisait une chaleur de plomb malgré l’heure matinale et nous fûmes désolés de voir trois jeunes scouts du Cambodge s’évanouir l’un après l’autre du fait de la température torride. La Danse des Souhaits fut comme d’habitude gracieuse et très applaudie. Le discours lu par le Gouverneur de la Ville de Phnom Penh, convenu et sans surprise. Le Roi répondit avec élégance et grande simplicité en louant l’héritage de Feue Sa Majesté le Roi-Père et encouragea la Nation toute entière à continuer ses efforts sur le chemin de la paix et du développement.
Après maintes embrassades et retrouvailles chaleureuses, ma grand-tante, Son Altesse Royale la Princesse Sisowath Ayravady convia quelques cousins triés sur le volet pour un petit déjeuner très apprécié (nous n’avions rien avalé depuis le matin) dans un des meilleurs restaurants chinois de la ville : le Yisang. Nous eûmes la surprise d’y retrouver Son Altesse Royale le Prince Samdech Krom Preah Norodom Ranariddh qui, Lui aussi, y déjeunait en famille en compagnie de sa jeune et ravissante épouse, Neak Moneang Phalla et de leur dernier fils. Nous nous régalâmes de bouchées à la vapeur à la mode de Canton ou Dim Sum ainsi que de nombreuses délicatesses comme les pattes de poulet à la sauce de soja et les raviolis à la vapeur au porc laqué… Nous nous tînmes légers car à 16h30 nous attendait la dernière cérémonie rituelle, celle de l’ondoiement royal.
Puisque nous étions mercredi, les sampots à queue ou Kben se devaient être de couleur « sileap » ou vert d’algue (la veille, ils étaient de couleur violette, couleur du mardi). Les membres de la Famille Royale furent invités à prendre place à la droite du « Bossbok » (littéralement « nid Royal ») alors que le clergé bouddhique prenait place de l’autre côté. Sur le « sagrato » de l’escalier de la Salle du Trône se tenait l’autel bouddhique et brahmanique, respectant la tradition du syncrétisme khmer avec en vis-à-vis Leurs Saintetés des Ordres Thommayut et Mohanikay et les Bakous du Palais. Après avoir rendu grâce aux divinités protectrices du Royaume et du Trône, le Roi apparut enfin, majestueux et très souriant dans un habit immaculé, les pieds nus, une longue écharpe de soie plissé lui laissant libre une épaule. Il gravit ensuite les marches du Bossbok où au son des conques et du « Sathukar » il reçut des mains de Leurs Saintetés et de Sa Majesté la Reine-Mère l’hommage de l’eau lustrale, qui comme le veut la tradition, fut portée à Phnom Penh de la montagne sacrée de Phnom Kulen, non loin d’Angkor…
LL.AA.RR. le Duc et la Duchesse de Bragance, prétendants au Trône du Portugal, reçus en audience privée par Sa Majesté le Roi Norodom Sihamoni le 29 juillet dernier. A cette occasion, le Duc de Bragance a remis à Sa Majesté le Roi les insignes de Grand Croix de l’Ordre de l’Immaculée Conception de Vila Viçosa, ordre dynastique portugais créé en 1819 et attaché à la maison de Bragance, qui est toujours concédé par les prétendants à la couronne.
Souvenirs du Couronnement de
Sa Majesté Preah Bat Samdech Preah Boromneath Norodom Sihamoni
29 Octobre 2004
8h00 du matin…Le soleil brille déjà de mille feux sur les toits chatoyants du Palais Royal et la Ville semble s’être éveillée au son des orchestres Pinpeat et des tambours Skor Thoms des pagodes du Royaume tout entier. A genoux, devant l’entrée principale du Palais Khemarin, les Bakous ou Bhramanes de la Cour attendent l’instant où Leurs Majestés le Roi Père et la Reine Mère s’avanceront, donnant ainsi le signal du départ du Cortège Royal. Mais voici que les conques retentissent de leur souffle profond et solennel, nous rappelant avec grâce et intensité que l’heure est venue d’accompagner notre Souverain glorieux vers le Bossbok, dressé pour l’occasion devant les marches du Preah Vihear Suor, Chapelle royale se dressant dans les jardins attenant au Khemarin.
Les parasols d’or et d’argent commencent à se mouvoir et de la tribune des princes où nous les attendons cessent les paroles aimables des Grands du Royaume se saluant, vêtus de Sampots de Soie Bleue, couleur du vendredi – azur infini où se reflète l’avenir que l’on espère radieux du règne qui s’annonce – pour laisser place au silence le plus recueilli, conscients que nous sommes de l’importance de l’événement auquel nous avons l’honneur d’assister en ce jour. De l’autre côté de la tribune, les journalistes khmers et étrangers se bousculent déjà pour escorter le Souverain dans un capharnaüm de bon aloi, où les caméras et les appareils photographiques crépitent de leur cliquetis sonores.
Le Roi s’avance, vêtu d’un vêtement rituel de soie écrue, laissant paraître une épaule nue, l’air grave mais serein. Le Monarque joint les deux mains en Anjali pour présenter ses hommages aux deux Vénérables Sangharaja des ordres Mohanikay et Thommayuth avant de monter dans le Vihear Suor pour se recueillir quelques instants. La musique Pinpeat se tait un instant puis enchaîne les notes de l’air intitulé «Sinuon» préludant ainsi à l’arrivée imminente du Souverain…Sinuon rappelant aussi à Mesdames les Princesses de la Maison Royale la couleur du Krama de cérémonie qu’Elles devront revêtir pour entrer dans la Salle du Trône ou Preah Tineang Tevea Vinichhay, un peu plus tard dans la journée.
Sa Majesté gravit lentement les marches du Bossbok dressé en plein air, tandis que les Bakous se déploient en une savante farandole tout autour du Vaisseau magnifique pour entamer leurs psalmodies savantes. Les deux Vénérables Sangharaja gravissent à leur tour les marches du Bossbok et tenant chacun un vase précieux où est contenue l’eau sacrée des Sources primordiales du Phnom Kulen. Cette eau d’abord versée par Leurs Saintetés sera ensuite confiée aux augustes mains de Leurs Majestés Père et Mère qui finiront par-là même de dispenser l’eau lustrale de nos rites ancestraux, symbole de fécondité et pureté pour la gloire et le bonheur du Royaume tout entier.
Le Souverain ainsi ondoyé revêt alors un peignoir de couleur immaculée pour redescendre du Bossbok du côté des Princes et des Princesses, dont les genoux ployés et les révérences profondes témoignent du respect et de la pérennité d’usages protocolaires immémoriaux. Sa Majesté salue les Pairs du Royaume et s’agenouille devant les Vénérables pour leur offrir de nouveaux vêtements, symboles du renouvellement et de l’ère qui s’ouvre en ce jour sacré. Le cortège s’ébranle alors de nouveau pour regagner le Palais Khémarin au son des conques sacrées et des xylophones traditionnels.
14h30…Le soleil darde ses rayons de plus en plus intensément sur la façade du Khemarin, comme s’il voulait, lui aussi, participer à la liesse des cérémonies fastueuses de ce couronnement. Sur le perron de la Résidence Royale se trouve le Palanquin doré des Souverains Khmers, encadré par huit pages en tenue de brocarts multicolores, camaïeu éclatant qui s’étend du pourpre écarlate à l’azur du vendredi sans oublier les orangés safran et les verts émeraude. Les Brahmanes portent les attributs de la Royauté; L’Epée Sacrée, la Couronne sertie de centaines de diamants, les Souliers d’Or, La Lance Royale, le nécessaire à bétel de Sa Majesté. Puis viennent les licteurs en livrée, les pages et les dames d’atours dont la beauté et l’élégance ne finissent pas de faire chavirer l’assemblée des jeunes Princes en sampots de soie saphir dont les reflets moirés brillent à la lumière du zénith. Voici que les conques retentissent et le Roi paraît…Dieu, qu’il est beau, entend-on murmurer entre les lèvres des Dames de la Cour. Sa Majesté a revêtu le dolman blanc aux parements d’or, broderies savantes aux armes de la Maison Royale. Son Sampot est de soie azur bien entendu mais tissé de fils d’or qui s’entrelacent dans des volutes et des motifs traditionnels des brocarts de Cour. A son cou, le Grand Collier de l’Ordre Royal du Cambodge sertie des plus beaux saphirs de Païlin qui ponctuent les couronnes de laurier d’or finissant sur le médaillon central, constellées de myriades de diamants, de rubis rouge sang et l’or de tous les Rois d’Angkor venus bénir leur digne successeur.
Les orchestres Pinpeat se mettent alors à tinter de leurs mélopées envoûtantes et le Pradaksin ou Cortège des Princes et Mandarins se met en branle. Sa Majesté prend place sur le Palanquin doré et les Princes et les Princesses de la Cour sont invitées à suivre le Souverain, en compagnie des membres du Gouvernement et des Corps Constitués. Traversant les jardins du Khemarin jusqu’au Pavillon des Rayons de Lune ou Preah Tineang Chanchhaya, bifurquant enfin vers le perron de la Salle du Trône où les attendent les régiments de l’armée royale, s’apprêtant à présenter les armes, un genou à terre. Le Cortège s’immoblise…Le Ministre du Palais, le Samdech Chauveaveang Voreakveangchey Athipadey Srey Srengkea s’avance et invite le Monarque à gravir les marches du preah Tineang Tevea Vinichhay, où les Grands Princes sont déjà assemblés en compagnie du Premier Ministre et des Présidents des deux Assemblées pour accueillir le Nouveau Seigneur de la Terre et des Eaux du Royaume Khmer. Entre les haies formées des pages et des dames d’atours, prosternés sur chacune des marches du Tevea, le Roi s’avance, comme porté par les Tevodas, Divinités Protectrices du Royaume, qui l’escorteront toujours à compter de ce moment, où magie et réalité ont fini par s’allier pour conférer à ce Couronnement tout le sacré que l’héritage d’Angkor nous aura légué depuis des siècles.
La Salle du Trône est illuminée de toutes parts. Les cristaux des lustres, les ors des statues des Rois, les soieries des parasols royaux et les stucs dorés des motifs ornementaux de l’édifice semblent renaître à la vie à mesure que s’installent les Grands du Royaume à la place que leur a assignée la Directrice de Cabinet, maîtresse absolue des Cérémonies royales et gardienne jalouse des privilèges et du protocole. Les conques retentissent de nouveau et le Clergé bouddhique fait son entrée. Cinquante-deux bonzes aux robes safran, munis de leurs insignes rebrodés d’or en forme de feuille de banian, font retentir les murs de l’Auguste salle de leurs stances récitées à la gloire du Maître. Sa Majesté Très Pieuse récite en même temps les versets sacrés et après s’être recueillie devant les deux Sangharaja, regagne le Preah Tineang Maha Monti ou Petite Salle du Trône, accompagnée de la Princesse Royale sa cadette.
Quelques instant plus tard, le Souverain revient et c’est au tour des Bakous de réciter leurs prières. Le Roi se tourne alors vers le Trône et fait le serment royal en promettant de servir fidèlement son Peuple, la Religion bouddhique et brahmanique et appelle les Princes, les Princesses et tous les Grands du royaume à l’aider dans sa Haute Mission. Les Bakous se déploient tout autour du Trône et invoque alors le Grand Tevoda qui protège le Preah Maha Svettechhatr. Puis, ils présentent au Monarque les statues de Shiva et Vishnu et Lui versent à nouveau l’Eau Lustrale. Une feuille d’un arbre sacré du Palais Royal est glissée sur son oreille droite après avoir été bénite. Le Ministre du Palais lit alors les textes sacrés qui consacrent le Souverain Maître de la Vie et qui lui confèrent la suprême autorité sur la terre, l’eau, les montagnes et les forêts de tout le Royaume. Les conques retentissent à nouveau et l’ensemble de l’assistance se prosterne trois fois. Viennent ensuite les hommages de l’eau sacrée et des bougies offertes par les Grands du Royaume, la Première Princesse du Sang et le Doyen du Corps Diplomatique. A ce moment, le Roi se retire dans le Preah Tineang Maha Monti où Il est rejoint par les Membres de la Famille Royale et les Grands du Royaume pour le Preah Reach Bamvil Popil, rite de fécondité brahmanique qui est effectué dans la plus stricte intimité.
Alors que le soleil vient à peine de se coucher sur les toits dorés de la Capitale, les crépitements des feux d’artifices tirés devant le Palais Royal annoncent le début des festivités populaires. Déjà sous les silhouettes graciles des apsaras dansantes du Pavillon des Rayons de Lune, les Personnalités invitées par le Monarque échangent leurs impressions, tandis que l’orchestre royal égrène mélodieusement les notes de la plus célèbre des compositions royales: «Le Soir où je t’ai rencontrée»…