
Le 26 octobre 2026, l’Opéra de Rome accueillait sur sa scène mythique le gala “Icone della Danza”, une prestigieuse soirée sous la houlette de l’incomparable Eleonora Abbagnato, Directrice du Corps de Ballet de l’Opéra de Rome depuis mai 2015 tout en demeurant étoile de l’Opéra de Paris de mars 2013 à 2021. Après le retentissant succès du spectacle à Paris, c’est au tour de Rome sous l’impulsion de l’énergique Surintendant Francesco Giambrone d’offrir à son public émerveillé ce condensé de beauté et de virtuosité à l’enseigne des plus grands classiques sans pour autant oublier d’intenses créations contemporaines et un clin d’oeil au monde de la télévision et du music-hall en fin de soirée. Les grands classiques et le XXe siècle furent représentés par des extraits historiques de “Diamonds” de George Balanchine, la scène du balcon de “Roméo et Juliette” de Leonid Lavrovsky, le virtuose “Grand Pas Classique” sur une musique de Auber, les chorégraphies spectaculaires de “Le Corsaire”, “Don Quichotte” et l’entraînant “Flamme de Paris”. Une place a également été accordée aux créations modernes, parmi lesquelles l’intense solo “Les Bourgeois” interprété par l’espiègle Daniil Simkin sur la célèbre chanson de Jacques Brel et les œuvres poétiques d’Edward Liang (“Finding Light”) et de Christopher Wheeldon (“After the Rain”) exécutées par le charmant couple composé par Lucia Lacarra et Matthew Golding.

Il serait impossible de décrire avec justesse et une équité précise les différentes exhibitions de très haut nievau qui se sont succédées durant plus de deux heures et je vais donc m’en tenir aux pièces artistiques qui m’ont profondément ému par leur sens esthétique et leur splendeur intrinsèque.

En premier lieu, le pas de deux de “Le Parc” du grand chorégraphe français d’origine monténégrine et albanaise Angelin Preljocaj, sur l’Adagio du Concerto pour piano n° 23 en la majeur, K. 488 de Wolfgang Amadeus Mozart. Cette chorégraphie s’intitule “L’ Abandon” et le fait de me remémorer ce moment de danse intense me fait venir des frissons tellement Eleonora Abbagnato était à l’unisson avec Paul Marque, autre étoile qui brille au firmament des Astres de la Danse. L’intimité réelle entre les deux artistes, cette communion absolue dans la volonté de transmettre un sentiment, une émotion ou simplement la douceur d’une caresse et les tourbillons sans retenue de la gracieuse Eléonore dans une étreinte passionnée autour du cou du sémillant Paul nous a littéralement transportés avec eux dans nos souvenirs le plus fous de nos passions de jeunesse que seule la perfection de la danse peut évoquer dans son paroxysme le plus absolu.

Ma seconde émotion intense de la soirée eut une fois encore Eleonora Abbaganto comme protagoniste mais cette fois-ci avec Giacomo Castellana, magnifique en collant immaculé et torse nu parfait dans la merveilleuse composition de Roland Petit “La Rose Malade” sur l’Adagietto de la Symphonie n°5 de Gustav Mahler. Inspiré par le poème éponyme de William Blake composé en 1794, cette chorégraphie fut créée pour le couple légendaire que formait Maïa Plissetskaïa et Rudy Bryans en 1973. Ici Abbagnato et Castellana réussissent à faire chavirer le coeur du public par leur harmonie absolue dans leurs mouvements aussi délicatement sensuels que techniquement parfaits dans l’évocation tragique de cette femme à l’agonie qui exprime une dernière fois son désir et sa soif de jouir une dernière fois des plaisirs charnelles dans les bras de son bien-aimé.

Mon troisième couple-phare de la soirée fut le duo extraordinaire de “Don Quichotte”sur une musique de Ludwig Minkus et la chorégraphie sublissime de Marius Petipa. Sae Eun Park, elle aussi Etoile de l’Opéra de Paris et complice de toujours de Paul Marque, répond aussi au charme viril du Géorgien Giorgi Potskhisvili, Premier Danseur au Het National Ballet. Le mystère et la grâce de l’Extrême-Orient alliés à la puisance et à la précision des sauts et des entrechats du jeune et beau Caucasien ont touché le coeur du public romain en plein dans le mille. Tonnerre d’applaudissements.


“Last but not least”, Eleonora Abbagnato nous revient en conclusion de spectacle vêtue d’une petite robe noire, si chère au coeur de Coco Chanel, pour un duo qui met en vedette le jeune et talentueux Nikita Perrotti, lauréat de la célèbre émission de télévision “Ballando con le stelle”, dans le fameux rôle créé par Fred Astaire au côtés de Ginger Rodgers en 1934. Merveilleuse exhibition, qui donnera l’occasion à toutes les Icônes de la Danse qui ont participé au spectacle de venir faire un dernier tour de piste sur scène pour un salut ultime au public enthousiaste qui ne cache pas sa joie de pouvoir applaudir des artistes reconnus internationalement, exceptionnellement réunis par l’entremise de celle qui reste et demeure la clef de voûte de la danse classique et contemporaine dans la Ville Eternelle.

PS: Une mention spéciale d’excellence avec félicitations du jury à Nicoletta Manni, Etoile du Ballet de la Scala, inoubliable aux côtés de Paul Marque dans le “Grand Pas Classique” et son solo époustouflant dans “La Lune” de l’immense Maurice Béjart sur une musique de Jean-Sébastien Bach.



